Repousser l'Horizon (15) 2009 : La Route européenne des abbayes cisterciennes




S’appuyant sur l’histoire et les savoir-faire cisterciens, l’itinéraire culturel illustre un modèle européen d’aménagement durable du territoire et du paysage en milieu rural.



Une arborescence européenne
Comme chaque année, le passage du Tour de France sur les pentes qui conduisent au col du Tourmalet met en lumière la splendeur des paysages des Hautes-Pyrénées.

En fêtant les 100 ans de la première traversée cycliste, ce département français crée cette année une rencontre inédite entre un parcours sportif hautement médiatisé et un site cistercien situé à quelques kilomètres de la Voie du Piémont pyrénéen qui conduit vers Saint-Jacques de Compostelle.

Entre Saint-Bertrand de Comminges et Lourdes on doit en effet faire un arrêt à l’abbaye de l’Escaladieu (fondée en 1142.

C’est là que le nouvel itinéraire reconnu (temporairement) par le Conseil de l’Europe en mai dernier « La Route européenne des Abbayes cisterciennes » sera désormais coordonné, en étroite relation avec la Charte des Abbayes et sites cisterciens (°).

Cet itinéraire regroupe plus de cent soixante membres en Allemagne, Belgique, Danemark, France, Espagne, Italie, Pologne, Portugal, Suède, Suisse, République Tchèque et même en Transylvanie roumaine, puisque l’on compte des sites cisterciens sur la Route des églises fortifiées. Ce nouvel itinéraire s’appuie sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication, afin de créer, à partir du projet d’Abbaye numérique de l’Escaladieu, une « route numérique » des abbayes cisterciennes où les visites virtuelles bénéficient de la réalité augmentée et d’un système d’information géographique qui aide la mobilité touristique et apporte une information riche aux visiteurs.

Alors que l’on fête cette année le 1100e anniversaire de la fondation de l’ordre clunisien, en marquant ainsi le renouveau du monachisme occidental, on ne peut oublier que dans l’histoire de l’influence monastique en Europe, la création des Chartreux à la fin du XIe siècle ou des Prémontrés au début du XIIe siècle soulignent une forte volonté de revenir vers l’origine même de l’érémitisme : le désert et donc l’isolement.

De fait, le phénomène cistercien qui s’inscrit dans ce mouvement radical, voit sa création se réaliser en plusieurs étapes, d’abord grâce à Robert de Molesmes qui, insatisfait de la manière dont évolue la première communauté qu’il a réunie, obtient de l’archevêque de Lyon un emplacement à Cîteaux.

Ce « Nouveau Monastère » qui va s’inspirer de la plus grande rigueur voulue par Saint Benoît est créé avec Aubry et l’anglais Etienne Harding. En établissant quatre abbayes-filles, ce dernier prend véritablement la tête d’un nouvel ordre.

Par la suite, à partir de 1113, Bernard, sans doute le plus connu des grand cisterciens, crée l’abbaye de Clairvaux et Hugues de Mâcon, celle de Pontigny.

Une gouvernance inédite

On pourrait continuer l’examen de la lignée des grands abbés, ainsi que le détail de l’évolution des règles internes, mais il semble plus intéressant d’insister sur le rôle essentiel de cet Ordre dans l’aménagement territorial de l’Europe chrétienne.

Il s’est lui même structuré de manière arborescente et a été gouverné par des Abbés pères et par la réunion centralisée d’un Chapitre général annuel. Ces Abbés visitaient régulièrement les abbayes filles qui devaient subvenir à leurs propres besoins grâce au foncier et au bâti qu’elles géraient. Comme l’indiquent les responsables de la Charte, dans la mesure où les établissements se sont implantés dans territoire ruraux reculés, au fond de vallées, les monastères ont procédé à la construction de bâtiments agricoles, de moulins, viviers, celliers et forges.

Les granges cisterciennes, comme l’aménagement hydraulique complexe extrêmement rationnel, par drainage, irrigation et canalisation, sont aujourd’hui étudiés et restaurés comme des modèles d’un développement agricole durable et d’un apprivoisement de l’eau dont nous avons parfois oublié la sagesse écologique.


(°) La Charte Les Abbayes cisterciennes, un patrimoine culturel unique en Europe ne coordonne plus l'itinéraire dont la mention du Conseil de l'Europe a été retirée. Un exercice méthodologique sur "L'influence monastique en Europe avait été conduit au début des années 90, impliquant l'Abbaye de Sylvanès et celle d'Alcobaça.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Palimpseste

Michel Thomas-Penette. Le programme des itinéraires culturels et l'application de la Convention Européenne du paysage. Septembre 2002.

Comment se construit le discours de médiation du patrimoine en Europe ? Université d’automne des professionnels de la médiation du patrimoine. Michel Thomas-Penette. Saint-Jean d’Angély 17 au 19 octobre 2005 .