Repousser l'Horizon (39) : Tourisme de mémoire (7) : migrations polonaises




Une exposition sur les Polonais en France permet d’apporter aux touristes une vision plus riche et plus interculturelle du patrimoine des régions minières et agricoles où l’identité polonaise a marqué la mémoire des lieux.

La visite du Nord de la France, en particulier du Nord-Pas-de-Calais a largement changé de perspective ces vingt dernières années. La ville de Lille, devenue capitale européenne de la Culture, a non seulement su modifier notre vision préconçue en sortant des clichés d’une capitale régionale en crise économique, mais a décidé de construire à très long terme un cadre interculturel en prise avec les expressions artistiques du monde.

La restauration partielle des villes ouvrières, la mise en place de véritables projets historiques et mémoriels portant sur la diversité du patrimoine industriel et sur les mémoires du travail, y compris des migrants, permettent aujourd’hui des visites urbaines à « portée de mémoire » (°).

En un mot, comme le rappelle remarquablement l’exposition de la Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration intitulée « Polonia » (°°), la diversité et les mouvements croisés en Europe se lisent aussi bien dans les parcours suivis par les migrants, que dans leur installation, en découvrant des quartiers, en recherchant les traces aussi bien des anciennes boutiques que des équipements sportifs ou encore en redécouvrant les photographies de famille qui témoignent de la vie quotidienne.

Les rapports entre la France et la Pologne sont anciens et l’idée de refuge commence certainement avec l’exil à Lunéville du Roi Stanislas, beau-père de Louis XV. Un exil qui fonde une sorte de Versailles lorrain et laisse en témoignage une capitale régionale au style unitaire de première importance : Nancy.

Mais la Pologne, au XIXe siècle est aussi une des sources des mouvements autour de l’idée de nation. La révolution de 1830-31 entraîne la migration vers la France d’anciens soldats des armées napoléoniennes qui ont connu une aventure révolutionnaire avortée et d’individus pétris d’idées de liberté et de démocratie qui ne sont pas bien sûr sans inquiéter le pouvoir d’un pays d’accueil qui va les surveiller de près, voire les enrôler dans la légion vers l’Algérie. Mais l’aura des intellectuels et des artistes est grande et si tous n’atteignent pas la renommée de Chopin, les échanges romantiques entre diasporas européennes parlent autant de l’exil matériel que de l’exil intérieur et de la liberté de l’âme reliée au pays natal.

Bien entendu, c’est la misère et le chaos engendrés par la Première Guerre Mondiale et le partage du pays entre les armées nazies d’un côté et les armées russes de l’autre lors de la Seconde Guerre Mondiale qui créera une série de vagues d’immigrations, qu’elles soient rurales avec la venue d’ouvrier agricoles galiciens en Lorraine et dans le Nord de la France et d’ouvriers industriels vers la Rhénanie, la Westphalie et la France.

Pour la France, dès l’origine, il s’agit d’une immigration voulue décidée dans le cadre d’une convention signée le 3 septembre 1919. Il s’agit là, jusqu’au début des années trente de près de 600.000 personnes qui débutent leur séjour par un contrat de travail d’au moins une année. Le gouvernement polonais en exil reconstitue dans les années quarante au sein de l’immigration et des réfugiés une armée de près de 85.000 hommes et la fin de la guerre connaîtra un retour partiel au pays de près de 100.000 polonais qui contribueront à la relance des industries nationales.

Mais les enfants de ceux qui ont volontairement choisi de rester sortent après guerre d’une identité préservée pour s’intégrer définitivement au pays dans lequel leurs parents avaient reconstitué une sorte de bulle sociale et culturelle.

Le poète Guillaume Apollinaire, Elzbiéta l’écrivain de l’imaginaire et de l’exil, Gombrowicz, voire Romain Gary, né en Lituanie dans une famille juive de Vilnius, mais dont la jeunesse se déroule en Pologne, témoignent tous par leur style, les thèmes qu’ils traitent, la nostalgie qu’ils portent en eux, voire la contestation du régime communiste qui a pris le pouvoir à l’Est, d’une « Polonia » qui est devenue avec force une des composantes de l’identité française. 

« Mais riez riez de moi, Hommes de partout et surtout gens d’ici, Car il y a tant de choses que je n’ose vous dire, Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire, Ayez pitié de moi. » Guillaume Apollinaire.

(°) http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/

(°°) Polonia. Les Polonais en France depuis 1830. L’exposition a eu lieu à la Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration à Paris, métro Porte Dorée. 



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