En direct des itinéraires culturels : les églises fortifiées de Transylvanie

 



Juillet 2009.

Dans le triangle qui s’inscrit entre Sibiu (Hermannstadt), Sighişoara (Schaessburg) et Braşov (Kronstadt), c’est la saison des foins. Les collines sont encore marquées d’un vert tendre, tandis que les grandes meules dressées autour de supports en bois commencent à parsemer les pentes. Au premier plan les collines resplendissent dans la lumière chaude, en laissant deviner les chaînes des Carpates qui forment l’arrière plan. Ce paysage est marqué par la présence régulière de villages dont les maisons, toutes alignées le long de rues serpentines, déploient leurs façades colorées marquées par les années, parfois par les rides et les stigmates de l’abandon. Dans pratiquement tous les villages, sur une hauteur, l’église évangélique ceinte de murailles, continue de veiller sur une communauté dispersée, souvent pratiquement disparue.



Tout commence par la volonté d’amis roumains d’explorer leur pays non pas seulement pour en mesurer les transformations, mais surtout pour en désigner les constantes, les traditions, les patrimoines naturels et culturels en danger de méconnaissance. En 2002 une expédition nautique se rend des sources de l’Olt jusqu’au Delta du Danube, puis l’année suivante, le long de la côte roumaine de la Mer Noire, l’opération « Sand along explore » inaugure un blog qui permet des échanges de messages avec le public. Un succès inespéré ! En 2004 l’Association #Mioritics, fondée sur la base de ces actions, lance avec l’aide de l’UNESCO un photo raid intitulé « Shooting at the Gates ». Sept photographes visitent soixante-sept villages de Transylvanie, dont sept « sites villageois avec églises fortifiées » inscrits sur la liste du Patrimoine Mondial (1993-1999).



Les photographies qui parcourront l’Europe nous montrent un patrimoine dont les premiers témoignages remontent à la fin du XIIe siècle, lorsque les rois de Hongrie invitent des colons saxons à investir « la terre au-delà de la forêt ».




Ces Saxons recevront une autonomie et un droit d’exploitation. Mais les invasions ottomanes commencent dès la fin du XIVe siècle. Les églises constituent alors un rempart, un abri capable de protéger tous les habitants. Les tours blanches cerclées de bois et couronnées d’un toit de tuiles que nous admirons aujourd’hui, ne sont pas seulement des symboles du rapport à Dieu, mais des observatoires et des places de tir. Peu à peu la science des bastions et des enceintes concentriques se développe et, derrière les murs, des greniers sont aménagés où chaque famille trouve la place pour les denrées de longue conservation comme la viande fumée ou le lard. Conscients que leur propre identité n’aurait pu être préservée en l’absence de la protection que leur offraient les églises fortifiées, les communautés locales ont implicitement reconnu l’importance de l’identité culturelle de ces bâtiments, pour paraphraser Hanna #Derer qui a consacré de nombreux travaux à ce rapport identitaire. Mais après la Seconde Guerre mondiale, l’émigration des Saxons commence dans l’autre sens et ne fera que s’accentuer durant le régime de #Ceauşescu, tandis que l’ouverture des frontières à la fin du XXe siècle laissera à l’abandon un patrimoine à la recherche de ses héritiers.

Cette histoire là a été transmise depuis plusieurs années entre Sibiu et Luxembourg, en particulier par la volonté de joindre les efforts de deux villes reliées par des racines et une communauté linguistique communes depuis un peu plus de huit siècles.

Toutefois, en parcourant ces paysages culturels, on rencontre maintenant de nombreuses initiatives autochtones de développement local qui offrent déjà aux touristes une découverte en profondeur de ces trésors cachés.

L’Association Mioritics qui a créé des centres d’information touristiques à Sighişoara et Răsnov (Rosenau) a en même temps tracé le fil conducteur qui relie, entre autres, le travail de restauration à Viscri (Deutschweisskirch), la relance des activités agricoles traditionnelles reliées au mouvement Slow Food par la Fondation Adept à Saschiz (Keisd), ou bien encore la mise en place d’un moulin et d’une boulangerie fondés sur l’utilisation des céréales anciennes à Hosman (Holzmengen), sous l’égide de l’Association Hosman Durabil. Un itinéraire culturel est en train de se mettre en place auquel l’Institut Européen des Itinéraires culturels a commencé de contribuer pour l’aider à obtenir la mention du Conseil de l’Europe qu’il mérite.

L’ouvrage « Hidden treasures of Transylvania » « Verborgene Schätze in Siebenbürgen » ainsi que le CD « Saxon fortified churches of Transylvania » (en anglais, allemand, français, roumain, hongrois, espagnol, catalan), pouvait être commandés sur le site de l’Institut Européen des Itinéraires culturels aujourd'hui hors de consultation : http://www.culture-routes.lu

Photos : Eglise fortifiée Hosman et exposition de Mioritics à Sibiu avec les enfants.


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