Repousser l'Horizon (17) : En chemin avec Robert Louis Stevenson




En 1878, l’écrivain écossais, attiré par le monde protestant cévenol où le Désert constitue un lieu fondateur lié à la mémoire des Camisards, entreprend un voyage de douze jours en compagnie de l’ânesse Modestine. Il en fera le récit dans « Voyage avec un âne dans les Cévennes ».



Une autre forme de pèlerinage

La Ville du Puy-en-Velay constitue le point de départ le plus fréquenté vers Saint-Jacques de Compostelle. Elle est également devenue la porte d’entrée d’un parcours qui, grâce au travail pionnier du Club Cévenol à l’aube du XXe siècle, suit les pas de l’écrivain Robert Louis Stevenson. Ce chemin a accueilli, à la suite de Robert T. Skinner qui, dans les années vingt, interroge les témoins et les photographie, des « pèlerins » autant attirés par la mémoire littéraire et protestante, que par la splendeur paysagère. Le parcours a été établi dès l’origine et de manière étonnement prospective dans un esprit de respect de l’environnement et de valorisation du patrimoine ; on dirait aujourd’hui, selon une démarche de tourisme durable. Il s’est nourri de la redécouverte écologique et néo-rurale des Cévennes dans les années soixante. Il bénéficie bien entendu du succès actuel, chaque année plus important, d’un tourisme lent, à la recherche des anciens chemins de pèlerinage, des axes commerciaux historiques ou des parcours littéraires inspirés de Cervantès en Castilla La Mancha, d’Alexandre Dumas dans le Caucase, ou de Washington Irving en Andalousie.

La Fédération Française de la Randonnée Pédestre a balisé et publié dans un topo-guide le chemin de Stevenson (GR 70) entre le Monastier-sur-Gazeille et Saint-Jean-du-Gard, le prolongeant vers deux villes importantes : le Puy-en-Velay et Alès, pour une distance totale qui atteint 250 kilomètres. La logique touristique, qui met en avant la qualité de l’accueil et du parcours sur les plateaux volcaniques du Velay, dans la traversée du Mont Lozère et des « Cévennes bleutées », a conduit tous les partenaires à se réunir depuis 1994 au sein d’une Association (°) responsable de la logistique du chemin, de la préparation des marcheurs, mais aussi de la dimension culturelle internationale. Elle développe en effet des contacts avec des partenaires européens qui témoignent des étapes de la vie et de l’œuvre littéraire de l’écrivain : en Ecosse, mais aussi dans la Belgique et la France des canaux, à Barbizon et Grez où Stevenson fait la connaissance du peintre Fanny Osbourne, voire en Amérique et à Vailima dans les îles Samoa où il termine sa vie.

Une rencontre des futurs partenaires aura lieu à Barbizon en septembre prochain pour, avec l’aide de l’Institut Européen des Itinéraires culturels, préparer un dossier en vue de la mention « Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe ».

Ethnographie quotidienne

En fait avant de se mettre en route, Stevenson passera un mois au Monastier-sur-Gazeille, en cherchant à oublier là le départ de Fanny Osbourne pour l’Amérique où elle cherche à obtenir le divorce. Il décrit d’ailleurs ce village de manière un peu lapidaire, en insistant sur le contexte politique troublé d’une France qui sort lentement du Second Empire et de la Commune :

« Monastier is notable for the making of lace, for drunkenness, for freedom of language, and for unparalleled political dissension. There are adherents of each of the four French parties – Legitimists, Orleanists, Imprerialists, and Republicans – in this little mountain-town, and they all hate, loathe, decry, and calumniate each other.»

C’est d’ailleurs ce caractère étonnement quotidien où les états d’âme, comme les détails de la vie ordinaire sont scrupuleusement notés chaque jour, qui constitue la fraîcheur du récit. Autant tourisme émotionnel que témoignage ethnographique, beaucoup de marcheurs d’aujourd’hui y retrouveront leurs propres craintes, sur les traces des « Bêtes du Gévaudan », comme leur exaltation sous une nuit étoilée, dans un bois de pin.


(°) Association « Sur le chemin de Robert Louis Stevenson ».


La brochure est téléchargeable sur le site web en trois langues: français, anglais et allemand : site

Photo : Mont Lozère et portrait. Copyrights Association et Michel Verdier

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