Repousser l'Horizon (19) : La Route d’Abraham ou les chemins du dialogue
Si les routes pédestres qui se sont ouvertes au Proche et au Moyen Orient portent souvent sur des personnages religieux, c'est qu'elles cherchent à renouer des liens entre des populations déchirées par des conflits où les religions ont souvent servi d'alibis aux massacres.
Au cœur des civilisations et des conflits
La Route d'Abraham (The Path of Abraham the Friend ou encore Masar Ibrahim al Khalil) intégrant la Turquie, l'Irak, la Syrie, Israël, la Palestine, l'Egypte et la Jordanie se situe au carrefour spirituel des trois grandes religions du Livre. Elle se déploie à la limite des déserts et dans le croissant fertile irrigué par les quatre grands fleuves du Moyen-Orient. Un espace où l'agriculture a vu le jour il y a plus de onze mille ans et où les cultures perse, arabe, ottomane ont croisé celles des Grecs, des croisés et des colons du XIXe siècle, pour ne pas parler des migrations qui ont suivi la seconde guerre mondiale et des camps de réfugiés, conséquences des guerres plus récentes encore.
Le rapport historique souvent conflictuel entre les sédentaires et les nomades et, entre ceux qui contrôlent l'eau et ceux qui la cherchent – jusqu'aujourd'hui - doit prendre, selon les responsables de ce projet - créé au sein de l'Université d'Harvard (Harvard Negotiation Project) et soutenu par l'Organisation Mondiale du Tourisme et l'Alliance des Civilisations des Nations Unies, un jour nouveau fondé sur l'esprit d'hospitalité et de partage, en s'adressant à ces nouveaux nomades que sont les marcheurs contemporains.
La Genèse rapporte qu'Abraham, désigné par Dieu à la fin de sa longue vie pour être « le père d'une multitude », mais qui devint aussi le symbole mythique de l'acceptation du sacrifice, quittera Harran, grand centre caravanier et lieu stratégique situé aujourd'hui en Turquie, en conduisant son troupeau vers le sud. Il pénètre dans la Syrie actuelle par Karkemish pour suivre le pays du Jourdain jusqu'à Sichem - actuelle Naplouse - traverser Bethléem, le Néguev et rejoindre l'Egypte, sans oublier les épisodes qui concernent Sodome, Damas, Jérusalem et Hébron. Autant de villes au cœur de l'actualité géopolitique et autant de sites riches en traces archéologiques qui se répartissent selon une « ligne de beauté » choisie par les organisateurs. Au même titre que la découverte du patrimoine historique, les discussions sur les visions semblables, complémentaires ou différentes des textes sacrés, constituent un élément clef d'un parcours en groupes interculturels, tout particulièrement utile pour les plus jeunes générations. Ainsi, la route de Palestine a été ouverte en 2008 par un groupe de jeunes dont certains sont devenus les « ambassadeurs » en visitant les universités américaines et en rejoignant en 2009 la « Harvard Bridge Builders' Conference ».
Une tâche exaltante
Sans minimiser les difficultés politiques et sportives d'une telle route, les guides qui accompagnent les voyageurs prennent bien entendu toutes les précautions de sécurité, ainsi que les mesures sanitaires indispensables et respectent avec rigueur les restrictions de passage que les frontières imposent parfois aux ressortissants de certains pays. En même temps, ils ont confié la sécurité de la route aux autorités nationales et régionales, mais surtout aux habitants eux-mêmes qui sont les vrais accueillants. Guides imprimées, cartes et repères GPS, listes de points d'eau d'urgence et des téléphones de secours constituent donc des outils aussi importants que le code de conduite, fondement du respect de l'autre et du partage, valeurs recherchées en permanence. La dimension sociale qui vise la création et le maintien d'emplois dans des zones défavorisées s'ajoute à la vision humaniste qui conduit la mise en place de cette initiative.
Site web historique.


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