Villes itinéraires (1) : Delft, route de la céramique

 




Six villes européennes et autant d’étapes d’itinéraires culturels : Delft et la céramique, Spa et les villes thermales historiques, Vilnius et les Parcs et Jardins, Vienne et les Voies de Mozart, Thessalonique au croisement des routes orientales et du patrimoine juif séfarade et enfin Priego de Cordoba sur la route du Califat. Du bleu oriental aux fenêtres fleuries des quartiers arabes d’Al-Andalus, les couleurs de l’histoire suivent les couleurs des villes.

Créer l’histoire Dans notre mémoire, le petit pan de mur jaune qui relie Marcel Proust à Johannes Vermeer nous projette immédiatement dans l’Europe commerciale du XVIIe siècle et nous évoque les relations que la ville entretient avec le monde entier. De fait la stratégie culturelle actuelle de la ville de Delft est loin de renier ce passé. Elle le valorise par tous les moyens possibles, mais tente aussi de lui trouver un équivalent actuel. Francine Houben du studio « Mecanoo Architects » expose par exemple son rêve : utiliser toute la portée du plafond de la nouvelle gare ferroviaire pour mettre en place une mosaïque faite de fragments de céramique et de porcelaine venus du monde entier, un peu à la manière dont sont décorés les animaux fantastiques et les escaliers du Parc Guëll d’Antonio Gaudi. Il s’agit de signifier ainsi aux visiteurs, dès leur arrivée en ville en 2015, qu’au-delà des images de canaux couverts de nénuphars, de ponts mobiles et de portes fortifiées qui font partie de la mémoire collective de l’histoire de la peinture, Delft est d’abord et avant tout « Une ville céramique ». C’est dans cette optique à la fois touristique et industrielle qu’elle vient de participer à un programme européen d’innovation urbaine URBAC nommé UNIC (Urban Network for Innovation in Ceramics) en mettant en avant l’idée d’un itinéraire culturel à la fois interne et externe. En effet, grâce à la coordination de la ville de Limoges et en coopération entre autres avec Stoke-on-Trent, Aveiro, Sevilla, Pécs ou encore Faenza, une route européenne de la céramique va ainsi se mettre en place dans les années à venir.




Suivre le fil bleu Delft a pris les devants en proposant dès maintenant un itinéraire local où les musées et les manufactures sont reliés entre eux par un mobilier urbain en céramique où les artistes contemporains comme Marianne Burgers et Chris Dagradi savent mettre en perspective avec humour les motifs traditionnels. Ainsi les vaches, les moulins et les tulipes, en couvrant la base des lampadaires qui éclairent la ville ou en transformant les bancs traditionnels, ont pris un coup de jeune en se rapprochant de la bande dessinée. Parallèlement, les échanges entre artistes chinois et hollandais contemporains créent une étrange fusion au sens propre du terme. Il s’agit non seulement d’une hybridation des cultures, comme c’était déjà le cas quand l’Occident a imité l’Orient au XVIe siècle, mais aussi d’une réunion contradictoire dans une même pièce d’éléments sculptés, moulés et décorés, où le kitch contemporain des souvenirs touristiques vient couronner les vaisselles royales les plus précieuses, traitées dans le respect scrupuleux des traditions. De même, dans certains plats créés par Jackson Li, le bleu côtoie l’or dans un geste minimal du pinceau qui balaie soudain tous les espaces décorés, pour magnifier la blancheur précieuse du support. Bien entendu, la ville propose aux visiteurs de se déplacer le long des canaux ou de traverser la ville en bateaux, de suivre les pas de Johannes Vermeer, de redécouvrir l’importance de la famille d’Orange ou de fabriquer des chocolats, en alternant ainsi l’emploi des nouvelles technologies et les activités manuelles plus concrètes. 



Mais depuis quelques mois, on peut découvrir entre les pavés rectangulaires traditionnels des quais, des pavés blancs et bleus, où les mots de la céramique sont peints dans les langues de l’Europe – Terra, Terre, Earth, Erde, Aarde... Ils indiquent le chemin à suivre vers les maisons historiques, aussi bien que vers les galeries contemporaines spécialisées, vers les plus beaux musées comme le Prinsenhof, qui n’hésite pas à confronter les porcelaines historiques à une série de créations contemporaines, ainsi que vers les manufactures les plus célèbres, comme le « Royal Delft » qui témoigne des dizaines de fabriques des temps anciens.                                                                                                              

                                                                                                                                                               (°)                                          


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