Actes du séminaire sur les Itinéraires culturels. Enjeux de la citoyenneté et du développement durable.


Actes du séminaire sur les Itinéraires culturels. Préparation à l'installation de l'Institut européen des Itinéraires culturels au Grand-Duché de Luxembourg. Enjeux de la citoyenneté et du développement durable. Château de Bourglinster Grand Duché du Luxembourg 9-11 octobre 1996 

Séance d'ouverture Interventions de : M. Guy Dockendorf, M. Jules Christophory, Mme Gaëlle Larminaux et M. Michel Thomas-Penette. 


Intervention de Monsieur Guy Dockendorf, Conseiller du Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg

Mesdames, Messieurs, chers amis, chers collègues, 

 Comme l'a dit le Directeur de l'Enseignement, de la Culture et du Sport du Conseil de l'Europe, Raymond Weber, le château de Bourglinster est un château qui a fait une certaine histoire, qui n'a pas d'histoires, mais qui nous intéresse particulièrement. Il a été restauré par les Services des Sites et Monuments Nationaux et je pense qu'il était tout à fait possible d'y organiser un colloque comme celui que nous inaugurons aujourd'hui. 

Permettez-moi donc de vous souhaiter, au nom du Gouvernement luxembourgeois, la très cordiale bienvenue. Permettez moi d'excuser, parce qu'elle est en mission à l'étranger, notre Ministre de la Culture, Madame Erna Hennicot-Schoepges; elle regrette de ne pas avoir le temps de nous accueillir, car elle est très attachée, pour y avoir participé, aux valeurs et aux travaux du Conseil de l'Europe. Les trois journées que vous allez vivre ici au Luxembourg seront, j'en suis sûr, passionnantes, outre les sujets de vos sessions qui seront développés après cette séance introductive. 

Vos itinéraires au Luxembourg, vous feront découvrir des femmes et des hommes à travers la rencontre et la discussion comme l'a dit Raymond, à travers la dimension humaine. Ils vous feront également découvrir une partie du petit territoire du Grand Duché de Luxembourg, parce que vous allez vous promener, au sens noble du mot, à travers notre pays. 

Un mot sur l'enjeu de la citoyenneté européenne et de l'identité d'un peuple : la devise du Luxembourg est : " Nous voulons rester ce que nous sommes", cette devise pourrait être taxée d'extrême conservatisme, je pense qu'elle est l'expression d'une petite nation qui affirme son identité propre mais elle ne peut et n'a jamais signifié un stérile refus du changement. 

Je crois qu'au cours de leur histoire les Luxembourgeois ont dû se battre très souvent pour être reconnus, pour ne pas disparaître dans les méandres de la politique internationale. Etranges étrangers souvent eux-mêmes, ils ont vécu, dans leur chair et dans leur coeur, le sort souvent pénible de ceux qui n'ont plus de chez soi. C'est pourquoi, le Luxembourg est aussi une terre d'accueil pour d'autres venus chercher une nouvelle patrie. 

D'un point de vue statistique, les chiffres sont parlants : le Luxembourg fait figure de pionnier avec ses 33% de résidents non luxembourgeois. Véritable Europe en préfiguration, il a une tradition de vie en commun, des hommes et des femmes non originaires de ses terres. Il tire ses richesses immatérielles et matérielles de cette cohabitation et de cet art de vivre dans l'unité, la diversité de sa propre culture et de celle des autres pays. Cette vie en commun ne va pas sans heurts, heureusement jusqu'ici le bon sens a prévalu, la volonté de vivre ensemble et de résoudre ensemble les problèmes survenus a été la plus forte. D'aucuns me disent que, les nouveaux flux migratoires attendus d'autres pays que les pays désormais traditionnels de départ, vont créer des conditions autrement plus difficiles créant de nouveaux défis.

Il est important que Luxembourg se révèle capable de mettre en oeuvre sur les plans culturel, éducatif, social, juridique et économique, une politique courageuse d'acceptation de l'autre pour faciliter la compréhension des femmes et des hommes vivant sur son territoire. Mesdames, Messieurs, vous aurez aujourd'hui l'occasion de voir l'itinéraire Wenceslas, Wenzel, d'abord sous forme d'exposition d'itinéraire culturel qui a réussi à rendre lisible notre histoire, notre histoire européenne, et je pense que Georges Calteux saura vous l'expliquer admirablement. Vous visiterez l'exposition puis vous parcourrez le circuit placé sous le sigle " Mille ans d'histoire en cent minutes". Lorsque vous débuterez votre promenade vous serez placés en haut du Rocher du Bock, site d'où l'on date la création et la fondation de la ville de Luxembourg, Lucinlinburhuc, le petit castel construit sur un rocher. Et de là, votre regard embrassera, en regardant un peu vers le bas, le Grund, le faubourg et l'ancienne abbaye de Neumunster. 




Puis, vous le verrez de plus près en continuant sur le circuit Wenceslas. Un mot sur cette abbaye parce que je pense qu'elle est intéressante à plusieurs niveaux. Elle a été au Moyen Age, comme toutes les abbayes, un lieu d'enseignement et de culture, mais elle a aussi eu un autre sort. Pendant plus de cent ans, elle a été une prison où ont séjourné des détenus de droit commun mais également, sous l'occupation nazie, un grand nombre de résistants luxembourgeois. Le Parlement luxembourgeois a décidé, il y a trois ans, de réhabiliter cette ancienne abbaye et de l'affecter à l'établissement un centre culturel de rencontres. Elle rejoindra, d'ici deux ans, l'association européenne des centres de rencontres et adhérera à la charte qui lie ces établissements. Les thèmes fédérateurs des activités culturelles qui y seront développées, seront rassemblés autour de deux axes majeurs : l'identité nationale et le multiculturalisme, la parole et l'écriture, clef de la connaissance et de la communication. 



De nombreuses salles de réunions, un auditorium, un amphithéâtre de 300 places serviront de lieux d'accueil pour ces rencontres où la question de la culture sera traitée sous ses aspects les plus divers : économie, enseignement, coopération européenne, création artistique, diffusion, tourisme culturel. Un foisonnement d'activités associatives s'épanouira dans un espace réservé mais ouvert sur la vie locale, nationale, européenne et internationale. C'est dans ce cadre prestigieux, que trouveront naturellement leur place les organismes et associations oeuvrant à la promotion et au développement de tout ce qui fera les cultures de l'Europe de demain. 

 Avant de terminer, j'aimerais remercier les organisateurs du Conseil de l'Europe, des Sites et Monuments, du château et aussi les traducteurs. Merci de votre attention.





Intervention de Monsieur Jul Christophory, Directeur du Bureau de la Commission des Communautés Européennes à Luxembourg, ancien Directeur de la Bibliothèque Nationale de Luxembourg. 


Merci Monsieur le Président. C'est avec un grand plaisir que je vous rejoins dans ce lieu de mémoire, ici à Bourglinster, exactement le septième jour après mon entrée en fonction en tant que Directeur de la Représentation de la Commission Européenne à Luxembourg. Dans les prochains jours vous vous pencherez sur les enjeux de la citoyenneté et du développement durable en Europe. 

En ce moment même où l'Union Européenne lance ses trois campagnes d'abord sur les Citoyens, ensuite sur l'Euro "une monnaie pour l'Europe ?", et enfin sur la devise "Construisons l'Europe ensemble", je voudrais vous apporter un bref message de sympathie, et de complicité professionnelle dirais-je, de la DG X, la Direction Générale de l'Information, de la Communication, de la Culture et de l'Audiovisuel. 

Le titre de votre séminaire traduit bien une Europe en marche, une Europe qui bouge, qui cherche son identité culturelle, qui devra se réaliser à travers l'épanouissement de chacun de ses citoyens et du dialogue interculturel. Il est évident que cette nouvelle dynamique ne pourra naître que grâce à la synergie de tous les acteurs concernés. Les programmes spécifiques de la Commission encadrent, appuient et complètent heureusement les initiatives prises, au moins pour les quinze pays concernés, par le Conseil de l'Europe ; telle cette coopération des réseaux d'experts de tous les pays signataires de la Convention Culturelle Européenne. 

Dans son article 128, le Traité de Maastricht introduit la culture, le patrimoine dans quelques formules clefs que je me permettrais de rappeler, parce que ces articles là, de notre évangile, sont peut-être moins contestés que d'autres. L'article I dit que "la communauté contribue à l'épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l'héritage culturel commun". 

 Article II : "L'action de la Communauté encourage la coopération entre les Etats membres et si nécessaire appuie et complète leur action dans les domaines suivants : l'amélioration de la connaissance et de la diffusion de la culture et de l'histoire des peuples européens". 

C'est le deuxième point qui nous intéresse particulièrement aujourd'hui, la conservation et la sauvegarde du patrimoine culturel d'importance européenne, troisièmement, les échanges culturels non commerciaux et quatrièmement la création artistique et littéraire, y compris le secteur de l'audiovisuel. 

Rappelons l'article III pour finir : "La Communauté des Etats membres et les Etats membres favorisent la coopération avec les pays tiers et les organisations internationales compétentes dans le domaine de la culture et en particulier avec le Conseil de l'Europe.

En avril 1996, la Commission publia son premier rapport sur la prise en compte des aspects culturels dans les actions de la Communauté Européenne pour conclure que ceux-ci n'ont pas toujours bénéficié du traitement prioritaire que leur accordaient certains Etats membres. En dépit des trois programmes d'action que la Commission avait lancés, premièrement Kaléidoscope, destiné à promouvoir les activités culturelles et artistiques, deuxièmement Ariane, destiné à la lecture, aux livres, et puis Raphaël, destiné à la sauvegarde de l'héritage culturel.



Les actions de 1995 couvraient de notre côté 100 projets, pour la restauration de monuments religieux et des contributions à des programmes de formation et de restauration pour une enveloppe de 4,7 millions d'ECU soit 190 millions de FL ; 144 projets artistiques et culturels ont profité du programme pilote Kaléidoscope, 85 projets de traductions, surtout en langues peu utilisées, furent financés, et les Luxembourgeois en ont d'ailleurs profité ; 73 projets furent exécutés dans des pays non européens, en Europe centrale et orientale et en Amérique Latine. Les ministres de la culture veillent à la bonne réalisation de ces programmes. Il y a dix jours, ils se sont rencontrés à Galway en Irlande et là, ils ont convenu de faire en sorte que davantage d'attention soit prêtée aux considérations culturelles dans les décisions politiques de l'Union, d'autant que l'article 128, paragraphe 4 du Traité de Maastricht, impose à l'Union de tenir compte de ces aspects culturels dans son action. 

Les ministres ont reconnu la nécessité de concrétiser cette disposition parce que la culture doit contribuer à la citoyenneté, au développement personnel et humain, à la cohésion économique et sociale, aux perspectives d'emploi, à l'élimination de l'exclusion et à l'enrichissement de la qualité de vie. Ils en discuteront à nouveau en session formelle du Conseil. 

En détail, et dans le même contexte, le sous-secrétaire italien, a lancé l'idée de créer un fonds pour regrouper toutes les actions culturelles vers les fonds structurels de l'Union Européenne. Un tel instrument contribuerait à mieux gérer les dépenses et à introduire des mécanismes financiers innovateurs en mesure d'exploiter les synergies avec le secteur privé et les organismes locaux. 

L'établissement de ce fonds pourrait être préparé lors de la définition des perspectives budgétaires de l'Union Européenne pour la période après 1999. La Commission a été invitée à examiner cette suggestion. Peut-être pourrais-je ajouter quelques détails sur le programme Raphaël qui, dans ses cinq axes d'action, traduit bien les préoccupations qui nous occupent aujourd'hui. 

Le premier axe, qui porte sur la valorisation et le rayonnement du patrimoine culturel affirme notamment, le soutien à des chantiers européens du patrimoine travaillant sur des thèmes communs liés à la préservation du patrimoine mobilier ou immobilier. 

Le deuxième axe tourne autour des réseaux et des partenariats ; 

Le troisième, porte sur l'accès au patrimoine ; 

Le quatrième, porte sur l'innovation, les perfectionnements et la mobilité des professionnels et puis, le dernier axe touche à la coopération avec les pays tiers et les organisations internationales. Il y est expressément notifié la création de projets avec les pays tiers, le développement de synergies et en particulier, avec le Conseil de l'Europe. 

Voilà ce qui nous réunit aujourd'hui et notre message de solidarité va dans ce sens. Je remercie les organisateurs de nous avoir associés à l'ouverture de ce colloque important et intéressant. Je vous souhaite trois jours de rencontres fructueuses, d'échanges et de débats culturels au service de l'Europe, de son héritage culturel et de la citoyenneté européenne dans ce lieu de mémoire. Je vous remercie de votre attention. 




Intervention de Madame Gail Larminaux, chargée de programme à la Division des projets interculturels, représentant à la fois Monsieur Doudou Diene, Directeur de la Division des projets interculturels de l'UNESCO mais aussi, le Directeur Général, Monsieur Federico Mayor. 




L'UNESCO est, depuis longtemps déjà, un partenaire organique du Conseil de l'Europe dans le domaine des Itinéraires. Le partage des tâches est clair puisque l'UNESCO s'occupe des Itinéraires culturels au niveau mondial et a, en quelque sorte, délégué la partie européenne au Conseil de l'Europe. Mesdames, Messieurs, je dois vous dire combien Monsieur Diene, regrette de ne pas être ici. Malheureusement, cette réunion coïncide avec une autre qu'il organise lui même à Conakri, mais il m'a chargé de le représenter et de vous présenter ses voeux de succès pour ce séminaire qui traite de thèmes très importants pour notre division. Il est vrai qu'ici je suis en quelque sorte un outsider dans le sens où le programme dont je vais vous parler, traite de toutes les régions du monde sauf, l'Europe, à l'exception d'un programme sur lequel je parlerai à la fin de mon intervention. Et j'espère que vous allez comprendre pourquoi. 

Il est généralement admis maintenant que la relation entre population et développement doit être abordée de façon intégrée, afin d'établir un développement qui assure à tous une meilleure qualité de vie. Cette stratégie sous-entend la nécessité d'une approche transdisciplinaire qui prend en compte la culture dans le sens où l'UNESCO définit le terme, à Mexico lors du Congrès mondial, c'est-à-dire : "l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances". 

C'est autour de cette définition que s'articule le concept de dimension culturelle du développement. En effet, nombre de politiques de développement ont échoué dans le passé parce qu'elles allaient à l'encontre des valeurs culturelles dont la pérennité même était garante de la capacité des sociétés concernées à s'adapter au changement. 

Dans le cadre de la décennie mondiale du développement culturel (1988-1997), l'UNESCO a lancé diverses activités tendant à renforcer la conscience et la compréhension des relations entre culture et développement. L'Etude intégrale des Routes de la Soie : Routes de Dialogue, plus connu sous le nom Projet Routes de la Soie, qui a démarré il y a maintenant neuf ans, est un des projets phares de la décennie. 

Le succès remporté par le Projet Routes de la Soie a eu comme résultat le lancement de nouveaux projets interculturels, tels la Route de l'Esclave, la Route du Fer en Afrique, la Route de la Foi et la Route Al-Andalus

L'histoire des civilisations montre que c'est par le mouvement des hommes, des marchandises, mais aussi et surtout des idées et des valeurs que les cultures se sont formées, enracinées. Mais si, de toute évidence ces projets s'appuient sur le concept de mouvement, il ne s'agit pas uniquement d'"itinéraires culturels" dans le sens concret du terme.

 


Routes de la Soie. Ouzbekisthan. Cliché MTP


Il s'agirait plutôt d'un "cheminement culturel" à travers les âges, à travers l'histoire et la culture des peuples jalonnant ces routes afin de dégager la notion de "patrimoine commun" à l'humanité, d'améliorer la connaissance mutuelle des cultures et de mobiliser les communautés intellectuelles autour de projets mettant en valeur à la fois la diversité et les interactions culturelles. Pour prendre un exemple précis ; dans le Projet Route de la Soie, en organisant des expéditions scientifiques sur le terrain, des séminaires et rencontres, le Projet joue un rôle catalyseur, cherchant à stimuler la recherche et la coopération internationale dans les domaines concernées. Parmi les résultats des quatre expéditions qui ont eu lieu à ce jour, (la cinquième, la Route du Bouddhisme, n'étant pas encore terminée), certains, comme les publications, les expositions et les films, visent à faire connaître à un public encore plus large, les multiples interactions culturelles entre l'Orient et l'Occident. 

D'autres, des programmes à plus long terme, visent à concrétiser la collaboration internationale au niveau académique et sont de nature à assurer la pérennité du projet par les réseaux qu'ils forment. Parmi ces derniers, nous trouvons des programmes scientifiques, qui grâce à leur intégration au projet UNESCO ont pu prendre une dimension internationale. Aujourd'hui, six instituts sont en activité ou en cours d'établissement, et notamment : 

L'Institut international d'études sur l'Asie centrale (IICAS) à Samarcande en Ouzbékistan. Inauguré par le Directeur Général de l'UNESCO le 26 août 1995 ; cet institut a pour vocation de stimuler et de coordonner les recherches et les travaux scientifiques sur l'Asie centrale notamment, sur le patrimoine culturel matériel et immatériel commun de la région, dans une optique pluridisciplinaire. L'Institut international d'études des cultures nomades à Oulan Bator. Une étude de faisabilité a déjà eu lieu ; une première conférence d'établissement à Oulan Bator est prévue pour 1997. 

Le Centre d'études des routes maritimes de la soie (CMSRSC) à Fuzhou en Chine. Créé à l'initiative de chercheurs chinois, ce centre a pour vocation de développer un programme de recherches et de former des jeunes chercheurs sur les actions culturelles des routes maritimes de la soie. L'Institut de Takshaschila à Taxila au Pakistan. 




Conformément à une résolution de la Conférence générale, une étude de faisabilité vient d'être lancée sur l'établissement d'un institut de civilisations comparées, à l'instar de la grande université bouddhique qui existait au début de notre ère à Taxila même. Il devient maintenant nécessaire de renforcer le lien entre les activités scientifiques des projets interculturels avec un concept relativement nouveau, mais qui prend rapidement de l'ampleur, le tourisme culturel. En effet, la croissance régulière du nombre de touristes internationaux depuis les quinze dernières années ont fait du tourisme un des phénomènes marquants de la deuxième moitié du siècle, tant sur le plan économique que sur le plan social et culturel, et l'enjeu pour les pays en voie de développement, est considérable. Ceci se traduit, pour nous, par le fait qu'à la demande des Etats membres concernés, le tourisme culturel devient un élément important dans chacun des projets interculturels de notre Division. 

L'alliance institutionnelle de l'UNESCO et de l'OMT a permis, au sein du Projet Route de la Soie, l'établissement du programme conjoint UNESCO/OMT de tourisme culturel en Asie centrale, un programme qui sera étendu dans un proche avenir, à l'ensemble de l'Asie. Dans le cadre de celui-ci un exemple concret vient à l'esprit : par son programme qui s'intitule en anglais "Rebuilding the Silk Roads", l'Ouzbékistan ouvre largement ses frontières aux tours opérateurs en s'appuyant sur la magie qu'inspirent les "Routes de la Soie", ce qui permet de mettre en lumière les joyaux du patrimoine que sont les monuments de Tashkent, Samarkande, Bukhara etc. 

D'autres pays lancent des initiatives leur permettant de tirer avantage de la dimension "tourisme culturel" des Routes de la Soie. Je pense au Népal et à l'Inde qui cherchent à développer les itinéraires touristiques sur des thèmes religieux, des "routes de pèlerinage", et notamment sur le thème de la "Route du Bouddhisme". Je pense à l'Iran, qui vient d'inaugurer la portion de chemin de fer manquant entre Machad en Iran et Tezden en Turkménistan, assurant ainsi le lien avec la ligne de chemin de fer traversant l'Europe avec celle traversant l'Asie centrale jusqu'à Beijing. En arrière plan de ces initiatives, flotte le parfum un peu mystérieux de ces routes millénaires que sont les Routes de la Soie, et nombreux sont les touristes d'aujourd'hui qui veulent les parcourir. 

Un autre projet UNESCO, "La Route de l'Esclave", lancé en 1994 à Cotonu au Bénin, constitue également une illustration de la manière dont une étude véritablement internationale et pluridisciplinaire permet de dégager un patrimoine commun et de définir une nouvelle modalité de tourisme culturel. Certes, dans le cadre de ce projet il s'agit d'étudier le phénomène de l'esclavage, ses causes et ses modalités d'exécution, de recenser, de préserver les archives, de constituer des banques de données informatisées, non seulement pour remettre en question des idées reçues, mais aussi pour démontrer que la traite transatlantique constitue, au-delà de la tragédie, une immense rencontre même forcée, entre des millions d'africains, d'amérindiens et d'européens. 

Elle a généré, dans le domaine du patrimoine tangible, des "lieux de mémoire" et une architecture spécifique dans les trois continents principalement concernés ; dans le domaine du patrimoine intangible des produits étonnant comme le jazz et le reggae. Dans la déclaration, dite Déclaration d'Accra, sur le tourisme culturel et la Route de l'Esclave, des recommandations ont été adoptées ciblant différentes couches de la société : "les Etats concernés et notamment africains", "les différents acteurs de développement du tourisme", "les voyageurs et touristes", "les populations locales", et bien entendu les organisations internationales les plus concernées. Le projet culturel et touristique UNESCO/OMT sur la Route de l'Esclave, adopté à Durban, en Afrique du Sud, en juillet 1995 aura comme conséquence : 

la promotion et la restauration des sites et monuments de la traite négrière ; le renforcement des relations entre les pays concernés par la mise au point d'un parcours de la mémoire liant l'ensemble de ces monuments et sites ; l'organisation et le développement de circuits touristiques entre continents, l'Europe, les Amériques et l'Afrique noire. Encore une fois, l'enjeu pour les pays concernés est considérable. Je donnerai une dernière illustration des actions multiples que nous menons dans le cadre des projets interculturels, en parlant brièvement de la Route de la Foi et des routes Al-Andalus. 



Routes de l'Olivier

Depuis sa fondation, l'UNESCO s'est attaché à promouvoir le dialogue entre les cultures comme un facteur fondamental pour l'édification de la culture de la paix. La Division des projets interculturels s'efforce de mettre en lumière le processus de convergence des cultures. Elle s'attache également à mettre en évidence les processus d'emprunts et d'apports réciproques entre les cultures, et, dans ce cadre, elle encourage la création d'espaces de dialogue entre les communautés appartenant à différentes aires culturelles ou religieuses mais, qui partagent un patrimoine historique commun afin de promouvoir l'émergence ou la consolidation d'un certain nombre de valeurs communes. Dans le but de créer ces nouveaux espaces de dialogue et d'échange, un programme global, dont le titre est "Convergences spirituelles et dialogue interculturel" est en cours d'élaboration. Il s'agit de mettre en lumière la dynamique et les mécanismes de rupture et de convergences dans le dialogue des cultures et des civilisations, à travers les deux projets "Routes de la Foi" et "Al-Andalus". 

Le but du projet "Routes de la Foi" consiste à réfléchir sur la place unique que constitue la ville de Jérusalem dans l'univers spirituel et culturel du judaïsme, du christianisme et de l'islam, d'éclairer les interactions complexes entre ces trois religions, afin de mieux comprendre les enjeux actuels et de chercher les possibilités de coexistence. Une réunion d'experts tenue à Rabat en juin 1995 a permis de dégager les modalités d'actions, portant principalement sur : 

La création d'instituts de connaissance réciproque des trois Ecritures. Une révision des ouvrages utilisés dans les écoles sur la base d'un langage nouveau et la création éventuelle d'écoles multiconfessionelles. 

La promotion dans les facultés de théologie de chaires des trois écritures; (éventuellement dans le cadres "chaires de l'UNESCO"). La diffusion d'information, par l'UNESCO, sur les principales religions (par des brochures de vulgarisation et dans la Collection des oeuvres représentatives). 

L'organisation d'un spectacle d'art en tant que langage universel, intitulé "Lumen d'or" (fresques chorégraphiques pour la paix, pour et avec les jeunes). En Andalousie, à travers ces mêmes trois religions, malgré les obstacles, trois cultures sont parvenues à coexister pendant des siècles. Dans le cadre du projet Al-Andalus, il s'agit de mettre en lumière l'extraordinaire portée culturelle et artistique, spirituelle, technologique et scientifique de la double rencontre d'une part de l'Islam, du Christianisme et du Judaïsme, et d'autre de l'Afrique, du Monde Arabe et de l'Europe entre les VIIIe et XVe siècles en Espagne. Une réunion inter-régionale de consultation et de réflexion épistémologique prévue à Grenade à la fin du printemps 1997, marquera le lancement de ce projet. 



Il est vrai que le tourisme culturel est également un élément intrinsèque de ce programme, et "les routes de pèlerinages" ou les "itinéraires d'Al-Andalus" s'y inscrivent tout naturellement. Si la plupart des sites importants et des grands monuments des régions concernées sont connus de nos jours, une étude des anciens textes permet de découvrir des sites hors des chemins battus et de dégager des angles nouveaux et attractifs. Par exemple, l'ouvrage intitulé "Récits des premiers pèlerins chrétiens au Proche-Orient du IVème au VIIème siècle", nous permet de faire un extraordinaire inventaire des lieux Saints. 

A l'époque, toutes les régions du Proche et Moyen-Orient se couvraient de sanctuaires marquant une multitude de lieux saints et des chrétiens, originaires de toutes contrées, se mirent en - un véritable guide vert de l'époque. On trouve, bien entendu, des récits aussi fascinants d'anciens voyageurs juifs et arabes, (à titre d'exemple, "Muruj Al-Dhahab" "Meadows of Gold" le récit d'Al Masudi, voyageur arabe qui passa sa vie à parcourir le Proche et le Moyen-Orient au Xème siècle. Cet ouvrage constitue une mine d'information sur les lieux, les personnes et les us et coutumes de l'époque Abasside). 

 Puisque nous parlons de voyageurs, pour finir, j'aimerais dire un mot sur un voyageur très spécial qui est actuellement en train de suivre les "Routes de la Foi", à sa manière - en courant. 

Jamel Bahli a quitté le "point de départ", situé sur le Parvis de Notre Dame, le 15 mai dernier pour un périple de quelques 16 000 km. A travers cet itinéraire, il reliera la plupart des hauts lieux saints, de Lourdes à Lhassa, en passant par le Vatican, La Mecque, Jérusalem et Bethlehem (25 décembre), Amritsar, Bénares et Kathmandu. Jamel, dont le but, consiste à aller à la rencontre de l'autre, a reçu le parrainage de l'UNESCO à travers notre Division, celle de la Jeunesse et des Sports et du Programme des Ecoles Associées. 

Il court le long de cet itinéraire fabuleux en tant que "ambassadeur des Routes de Dialogue". 

 En conclusion, c'est par un regard pluriel, en sollicitant le patrimoine matériel et immatériel, les sites et monuments et les traditions culturelles et spirituelles, que tous, chercheurs, décideurs, artistes, media, professionnels du tourisme et même sportifs, construisent ensemble une culture de la paix autour des Routes de Dialogue. Encourager les habitants de cette planète à mieux se connaître en se reconnaissant est, en dernière analyse, l'objectif de tous les projets interculturels de l'UNESCO. Je vous remercie de votre accueil à Luxembourg, de nous avoir donné l'occasion de nous réunir dans ce merveilleux château, et de votre attention.


Intervention finale de la séance d'ouverture par Michel THOMAS-PENETTE, Conseiller de programme des Itinéraires culturels du Conseil de l'Europe 

Nous sommes partis des principes de ce programme, d'un certain nombre de ses modalités de fonctionnement et de la manière dont il s'insérait très volontairement dans une pratique de la coopération multilatérale. Je voudrais terminer cependant en rappelant un certain nombre de règles du jeu du séminaire qui nous réunit aujourd'hui. 

Premier point, il s'agit bien d'un séminaire ; c'est-à-dire que vous êtes tous venus ou presque tous, apporter un témoignage sur une action dans laquelle vous êtes engagés. Donc vous êtes à la fois auditeur et acteur tous engagés dans des projets des Itinéraires culturels du Conseil de l'Europe et c'est cet échange là, dont on a particulièrement besoin à cette phase du programme. 

Deuxième point, nous avons une soixantaine d'intervenants pour présenter ces études de cas, mais cela ne représente qu'une toute petite partie des Itinéraires en termes de partenaires et de territoires. C'est un choix volontaire, parmi deux mille partenaires qui travaillent avec nous aujourd'hui, nous en avons choisis soixante qui illustrent une dizaine d'étude de cas, dans dix huit pays sur les quarante quatre qui sont signataires de la Convention culturelle avec lesquels nous avons des échanges plus ou moins développés. Mais nous espérons que ces études de cas serons explicatives et elles montreront cette grande diversité d'effets structurants dont parlait Madame Simon. 

Troisièmement, c'est aussi un peu pour nous, et je ne dis pas cela par ce que nous avons des gens de théâtre avec nous aujourd'hui, un levée de rideau. C'est en effet la première fois que nous confrontons aussi largement l'ensemble des expériences des Itinéraires culturels. Nous avons souvent organisé des réunions par réseaux ou par thèmes, interdisciplinaires, mais à part la confrontation entre certains coordinateurs de réseaux aucune réunion n'avait ouvert l'ensemble du champ comme c'est le cas ici. 



Intervention de Michel Thomas-Penette à Sibiu. Cliché MTP

C'est donc une opération vérité dont nous voulons sortir un certain nombre d'analyses qui doivent permettre de préparer l'avenir. Monsieur Raymond Weber dit souvent que les réseaux sont des organismes biodégradables. Madame Anne-Marie Simon a dit tout à l'heure que c'était un corps vivant et bien, c'est cette vie que nous voulons présenter aujourd'hui par : 

- des exemples aboutis et pour certains d'entres eux, qui existent depuis le début des Itinéraires ; 

- d'autres qui sont sur des procédures de départ et qui sont encore à un stade de recherche ; 

- des projets nouveaux qui nous seront présentés et que nous avons accompagnés depuis la première idée d'un projet ;

Pour finir nous attendons de faire émerger les grandes lignes de force du programme. Nous les avons données ce matin cependant, il convient de les confronter à la réalité des études de cas qui nous seront présentées. Nous aurons à revoir le cadre de travail du Conseil de l'Europe et en particulier celui des grandes thématiques fédératrices qui vont mettre ensemble un certain nombre de thèmes plus précis. Il faut voir si elles correspondent toujours à l'évolution des enjeux du Conseil de l'Europe, à ses grandes marques identitaires. 

Le but de ce séminaire est de bien recaler l'identité du projet et de ses objectifs avec l'identité du Conseil de l'Europe. Ce travail de révision s'applique également à ses relations avec d'autres institutions, comme l'UNESCO avec qui nous avons régulièrement des regards croisés sur nos actions, avec l'Union Européenne, pour un véritable dialogue sur les objectifs qui sont poursuivis et les grands enjeux qui ont été développés. Enfin si l'on revient sur le cadre de travail lui-même, nous avons à reprendre avec vous les moyens de travail que nous partageons. 



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