L'article du Jeudi : En direct des itinéraires culturels : la Via Francigena.


 

La relecture du journal de voyage de Sigéric, l’archevêque de Canterbury, qui est rentré de Rome en 990 après l’investiture papale, a permis de tracer un itinéraire pédestre entre l’Angleterre et l’Italie qui constitue une alternative aux Chemins vers Saint-Jacques de Compostelle.


Voici quelques jours, Irene Amadei et Valentina Fava - qui est restée sept mois en Service Volontaire Européen au Luxembourg – toutes deux permanentes au siège de l’Association Européenne des Vie Francigene A.E.V.F. (1) ont parcouru l’une des plus belles sections et des mieux aménagées de la Via Francigena.

Malgré la canicule, et en compagnie de françaises et de piémontais rencontrés sur la route, elles se sont plongées, de San Miniato à Gambassi Terme, en passant par San Gimignano, Colle di Val d’Elsa, puis Monteriggioni et Siena « dans un kaléidoscope de verts des espaces forestiers, des alignements d’oliviers et de vignes, de jaunes et de marrons des moissons séchées, surveillées par les armées de cyprès piqués en haut du gris poussiéreux des collines ».

Il s’agit bien en effet d’un paysage somptueux qui est l’archétype même de ceux que la peinture de la Renaissance nous a transmis. Irene et Valentina ont participé ainsi à un pèlerinage « moderne », à l’écart des flux touristiques des grandes villes toscanes. Un parcours fréquenté non seulement par des Italiens de plus en plus nombreux, mais aussi par ceux qui souhaitent tenter une nouvelle expérience après celle de Saint-Jacques de Compostelle.

En route vers Rome

A l’origine le mot « pèlerin » était l’exact synonyme des mots « étranger » et « voyageur, voyageuse » avant de désigner, vers l’an Mil le voyageur marchant dans un but religieux vers un sanctuaire lointain.

Les peregrinationes majores du Moyen Age cherchent ainsi à atteindre les lieux privilégiés par les textes saints : autrement dit Jérusalem, Rome et Compostelle. A Rome, centre de gravité de la chrétienté, le pèlerinage atteint le tombeau de saint Pierre, au Vatican mais aussi la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, lieu de la décollation de saint Paul. « Le pèlerinage à Rome prend une grande consistance spécialement après 640 lorsque Jérusalem tombe dans les mains arabes, ce qui fait de la cité romaine une sorte d’autre Jérusalem vers laquelle va se mettre en mouvement un flux de visiteurs venant de toute la chrétienté », précise Renato Stopani. C’est à partir du IXe siècle, après le couronnement de Charlemagne que le pèlerinage s’intensifie. Il sera organisé de manière plus structurée dès le début du XIe siècle par les Abbés de Cluny dont l’abbaye principale constitue le nœud de la nouvelle spiritualité entamée avec la réforme de l’église. Au pèlerinage vers la tombe des apôtres, s’ajoutera alors l’adoration de reliques sacrées, la Véronique portant la trace du visage du Christ, des fragments de la croix, les clous et la découverte des catacombes. Le Pape Boniface VIII rédigera une bulle en 1300 pour organiser le jubilé et instituer les indulgences partielles.
L’appellation de la route – pour les Italiens et les Bourguignons, « Romea » ou « Francigena », parce qu’elle provient de France (littéralement : engendrée de France) – change selon le point de vue orienté vers Rome ou vers la France et selon les pays traversés. Ainsi, au-delà de la Bourgogne, elle s’appelle « Route des Fiandres », « Chemin romiou », « Chemin des Anglais ».

Mais de toutes ces routes, c’est le parcours Canterbury – Rome, en passant entre autres par Arras, Reims, Besançon, Lausanne, Martigny, puis par le col du Grand Saint Bernard pour traverser ensuite cinq régions italiennes à partir du Val d’Aoste : Piémont, Lombardie, Emilie Romagne et Lazio, qui a reçu en 1994 la mention d’itinéraire culturel du Conseil de l’Europe, tandis que l’A.E.V.F. a été habilitée il y a trois ans pour en assurer le développement avec l’aide du Ministère des Biens Culturels italien.

Site web (on peut y télécharger les cartes détaillées du parcours officiel de l’itinéraire validé par le Ministère italien des Biens culturels le 31 mars 2009).
Pour la partie suisse : http://www.suissemobile.ch
En tant que partenaire de l’Institut Européen des Itinéraires culturels, l’A.E.V.F. publie également des informations sur le site http://www.culture-routes.lu (Site rendu indisponible par la direction actuelle de l'IEIC)

Photographie Valentina Fava. Entre San Miniato et Gambassi Terme

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