Villes itinéraires (6) : Priego de Cordoba : sur la Route du Califat
La Route du Califat s’étend entre Cordoue et Grenade, dans un territoire où la frontière entre le monde musulman et le monde chrétien s’est constamment déplacée. Les architectures et la structure urbaine de Priego de Cordoba témoignent de cette confrontation.
Le Califat Omeyyades de Cordoue est l’héritier direct du Califat de Damas. Une publication récente préparée par la Fondation Al-Andalus (°) témoigne de cette relation historique unique qui résonne encore aujourd’hui dans les pages des actualités avec la fuite de certains chefs d’Etats du monde arabe et les relations souvent ambigües entre les hommes politiques des deux rives de la Méditerranée.
Parmi les sept itinéraires qui ont été tracés et balisés dans le sud de l’Espagne et qui sont reconnus comme itinéraires du Conseil de l’Europe, celui qui met en relation les paysages qui séparent deux villes : Cordoue et Grenade dont l’histoire est marquante de moments clefs des rapports de l’Europe avec l’Islam, constitue une véritable introduction à l’Andalousie. Entre les jaunes étendues des céréales et des tournesols, les vignobles et les oliveraies, qui occupent les plaines depuis la Sierra Morena jusqu’à la Sierre Nevada, les collines sont ponctuées de châteaux qui ont longtemps surveillé les mouvements des armées ennemies.
Que l’on fasse le parcours à pieds ou en bicyclettes, les guides publiés par la Fondation permettent aisément d’imaginer une série d’événements historiques dont les architectures citadines sont autant de témoignages. Cordoue raconte l’histoire d’une famille régnante détrônée qui se réfugie en Europe au milieu du VIIIe siècle à la suite de la victoire des Abbassides et du transfert du Califat à Bagdad. Après avoir dominé un grand espace qui va de Tolède à Alger, avoir envahi la Catalogne et pillé Saint Jacques de Compostelle, le Califat s’effondre au début du XIe siècle autant sous la poussée des Chrétiens que des Berbères. Pour sa part, Grenade témoigne de la splendeur et du raffinement poussés à l’extrême des arts décoratifs des Almoravides et des Almohades et du dernier royaume musulman d’Espagne. La reddition en 1492 de l’émir Abu Abd Allah est souvent considérée comme un des événements qui caractérisent la fin du Moyen Âge.
C’est certainement en ce sens que la blanche cité perchée de Priego de Cordoba, située à mi-chemin entre les deux villes, témoigne plus que d’autres étapes , des six siècles d’une histoire où se jouent des confrontations et des hybridations de civilisations dont nous sommes les héritiers. Le calme actuel qui la caractérise nous permet d’éviter les grands rassemblements touristiques des plus grands centres. Elle ne peut cependant faire oublier qu’il s’agit d’abord à l’origine d’un campement militaire (nommé Baguh) et donc d’un point stratégique et d’un lieu de confrontations souvent pris et partiellement détruit, mais dont la prospérité de ville-étape est parfaitement perceptible aujourd’hui par la richesse des demeures serrées les unes contre les autres. Le lacis de rues de la medina dont les maisons se parfument de fleurs accrochées en étages multiples constitue en effet un lieu d’enchantement.
La ville fut définitivement reconquise par Alphonse XI en 1340 et, sans détruire les témoignages du passé musulman, les rois catholiques et les marquis de Cordoue sauront y implanter une industrie textile qui permettra la construction d’une ville plus bourgeoise où les églises sont envahies d’un art baroque exubérant fait de coupoles dentelées de stuc blanc et d’autels dorés qui rivalisent avec ceux de Séville. La présence de nombreuses représentations du Saint Jacques « Matamore », taillant en pièces les infidèles ne peut surprendre.
L’Association Compostelle-Cordoue qui a organisé en 2010 une sorte de pèlerinage à l’envers pour rappeler l’importance du dialogue entre les religions et la nécessité d’ouvrir une discussion entre le monde des routes se dirigeant vers Saint Jacques et celles qui sillonnent les royaumes d’Al-Andalus rend certainement l’étape de Priego encore plus précieuse par les leçons d’architecture concrète qu’elle nous propose pour mieux comprendre nos histoires mêlées, d’hier et d’aujourd’hui.
(°) Itinéraires de l’héritage al-Andalus - Itinéraires culturels

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