Villes itinéraires (3) : Vilnius : entre ville et jardins




Visite des parcs historiques et reportage de la télévision lituanienne.




La capitale de la Lituanie, autant catholique que juive, apprend aujourd’hui à valoriser son histoire, toutes références confondues et invite à comprendre l’Europe des jardins

Dix-sept années nous séparent de l’inscription du centre historique de Vilnius sur la Liste du patrimoine mondial. Devenue maintenant une étape touristique incontournable des pays baltes, elle communique sur ses innovations : l’implantation cet été d’un système de location de vélos électriques ou encore la mise en place d’un circuit sur le thème du roman historique empreint de bruits et de fureur, « Silva rerum », le bestseller de Christine Sabalyauskayte.

Le Grand-Duché de Lituanie qui s’étendait à la Pologne et à la Biélorussie actuelles, a été annexé ou occupé par ses voisins et les puissants empires et les grandes nations dominatrices qui l’environnent : la Russie ou le monde germanique. La ville en constitue donc le témoignage interculturel. On est frappé par l’intégrité historique du centre-ville où dominent les clochers d’églises baroques d’influence italienne, au sein d’un substrat de maisons récemment restaurées, dont l’architecture va du gothique au baroque tardif. Cette ville qui n’a été christianisée qu’à la fin du XIVe siècle, attire de nombreux visiteurs catholiques pratiquants et se propose même comme point de départ d’un itinéraire sur les traces de Jean-Paul II.

Mais dans cette « Jérusalem du Nord », 60.000 juifs étaient également présents avant la Seconde Guerre mondiale. On comprend alors pourquoi elle célèbre le grand intellectuel Eliyahou ben Shlomo Zalman, dit Gaon (le génie) de Vilna, mort à la fin du XVIIIe siècle, un opposant du hassidisme qui a marqué l’histoire sacrée et profane du judaïsme. Les guides font découvrir les rues du petit ghetto qui ont résisté aux démolitions des nazis et l’emplacement de la grande synagogue rasée par les soviétiques.




En dehors du Patrimoine juif et du Baroque, deux thèmes des itinéraires du Conseil de l’Europe, on peut aborder la capitale lituanienne sous un autre angle : celui des Parcs et des Jardins. Ce nouvel intérêt pour un patrimoine totalement abandonné pendant la période soviétique est dû en grande partie à une coopération scientifique et technique de plus de dix ans avec l’Institut et le Grand-Duché de Luxembourg. Au centre-ville, le jardin botanique, attaché à l’Université, est un des plus anciens des pays de la Baltique.

Le Parc des Bernardins, proche de l’église gothique en briques du même nom, se poursuit par une promenade le long des cours d’eau et par une ascension vers le château de Gediminas et le monument des Trois Croix, selon un système de « greenways », de coulées vertes écologiques qui doivent être protégées pour leur biodiversité.

Dans le grand Vilnius qui s’étend maintenant sur une trentaine de kilomètres, trois parcs dessinés par l’architecte paysagiste Edouard André pour des membres de la famille Tyskiewicz font l’objet de la création d’un itinéraire culturel européen.  Il s’agit de Traku Voké dont les principes de restauration ont été préparés par l’Institut, Lentvaris, dessiné autour d’un manoir à l’anglaise et d’un lac et Uzutrakis, créé dans le contexte paysager du parc naturel et du château de Trakai. Ils constituent tous ensemble un système de parcs et un témoignage essentiel à la compréhension du dialogue extraordinaire qu’André a su établir avec le génie des lieux.

La physionomie paysagère et botanique étant revisitées par la mise en place de nouvelles perspectives, de jeux de cascades et de lacs superposés ou bien encore par l’aménagement de rocailles artificielles, comme au Parc des Buttes Chaumont à Paris. Il s’agit aussi d’une leçon d’histoire où les archives des membres de la famille des propriétaires permettent de reconstituer progressivement une période qui a été longtemps rejetée et méprisée, comme tout ce qui était lié à la riche bourgeoisie. Cet itinéraire entre ville et parcs propose un fil conducteur : celui des rapports d’un botaniste « sur les chemins du monde » et de ses commanditaires à la fin du XIXe siècle. 


Palanga et ses légendes.

A consulter : l’ouvrage « Edouard André (1840-1911). Un paysagiste botaniste sur les chemins du monde. Les Editions de l’Imprimeur.

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