Les routes immatérielles : du castillan au ladino et à la musique méditerranéenne. Michel Thomas-Penette. Le Jeudi. 26 août 2010.
La découverte du patrimoine immatériel
constitue une dimension essentielle de tous les itinéraires culturels. Elle
prend en compte la manière dont une fête, un conte, une langue ou une musique
ont voyagé dans l’espace européen en témoignant d’une identité partagée.
Le chemin de la langue
Le premier itinéraire culturel constitué sur cette base a pour titre : « Le Chemin de la langue castillane et son expansion en Méditerranée, la Route des Séfarades ». Tout commence dans un site inscrit en 1997 sur la Liste du Patrimoine Mondial : le monastère de San Millán de la Cogolla dans la Rioja.
La route espagnole s’appuie sur les « Gloses Emilianenses » de San Millán où de nombreux scientifiques reconnaissent les premiers mots écrits en castillan au XIe siècle aussi bien que sur le roman du XVe siècle où s’inaugure une langue littéraire majeure : le Don Quichotte de Cervantès.
Elle se déploie
dans des villes où la langue a connu de grandes étapes littéraires,
scientifiques et universitaires : San Domingo de Silos (Burgos),
Valladolid, Salamanca, Ávila la cité de deux écrivains mystiques, sainte
Thérèse de l’Enfant-Jésus et saint Jean de la Croix et enfin Alcalá de Henares.
Comme l’exprime Julia Kristeva à propos des textes de la sainte dans
« Thérèse mon amour » : « Plus que jamais, la transmutation
des valeurs s’impose pour réinterpréter la tradition, notamment religieuse,
jusqu’au coeur de la vie amoureuse, dans les rapports au langage, au plaisir,
aux autres. »
Identités, brassages et migrations
La route européenne pour sa part continue en suivant l’expulsion au XVe siècle des Juifs d’Espagne qui refusent de se convertir au catholicisme. Elle concerne de ce fait toute la périphérie méditerranéenne : au Sud, Tétouan et Jérusalem, à l’Est Istanbul, Thessalonique et Sofia et plus au Nord : Sarajevo ou Ferrare.
Parallèlement, un réseau de villes, le « Red de Juderias de España », l’une des associations responsables de l’Itinéraire du patrimoine juif témoigne également aujourd’hui de la revitalisation patrimoniale des quartiers juifs qui se sont constitués avant l’émigration.
S’il existe un fil conducteur
historique dans l’histoire des Séfarades, une histoire complexe, troublée,
faite de juxtapositions et de rejets, c’est bien le ladino – dont le judéo-espagnol
revendiqué par les Juifs du Maroc. Un espace identitaire, une langue liturgique
et un moyen d’expression quotidien sont ainsi parvenus jusqu’à nous, en
s’appuyant sur une expression écrite et chantée, comme sur une transmission
orale, que la Shoah a failli briser.
Sur le chemin de cette langue on rencontre des expressions voyageuses dans l’espace et le temps, des expressions mariées à des musiques, que des instrumentistes et des chanteurs contemporains de plus en plus nombreux ont réinvesti de respect, de sens, mais aussi de créativité.
C’est dans ce grand espace interculturel méditerranéen, que se met également en place une nouvelle proposition d’itinéraire culturel sur le thème : « Route des cultures musicales byzantines et méditerranéennes » conduite par l’ensemble « En Chordais » et d’autres orchestres, centre de musicologie et d’enseignement.
Plusieurs projets se sont rejoints dans ce contexte : par exemple « MediMuses » tourné vers la recherche des racines, des rythmes et des instruments de musique communs et « Cantates des Rives » coordonné par la Cité de la Musique de Marseille, qui a permis l’organisation d’ateliers, intégrant les chants occitans et les musiques traditionnelles du Maghreb et de la Grèce.
Ce groupe a également promu « ExTra! », une action fondée sur la recherche des influences musicales croisées entre minorités européennes et les migrants et « The Tale of music » qui recherche un équivalent méditerranéen au célèbre « Pierre et le Loup » de Prokofiev, destiné à sensibiliser les plus jeunes.
Entre
migrations anciennes, voyages des savoirs et rencontres musicales, les
itinéraires culturels suivent ainsi la trace de Fernand Braudel pour lequel les
micro-histoires partagées savent écrire les phénomènes de longue durée.





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