Repousser l’Horizon (7) Route des cimetières d’Europe.
La société occidentale tourne le dos à la mort. Pourtant les cimetières d’Europe témoignent d’une culture quotidienne qui raconte autant des destins individuels que collectifs
Un patrimoine à portée de mémoire
Dans la plaine de Marathon, un grands tumulus enferme les Athéniens morts au cours de la bataille décisive contre les Perses. Depuis ce combat en quelque sorte fondateur, on ne compte plus les cimetières militaires qui racontent de manière très directe l’histoire des confrontations entre grands empires et les cimetières civils qui parlent des confrontations religieuses.
Les deux dernières guerres mondiales ont laissé en Europe une multitude de sites dont certains revêtent un caractère national, tandis que d’autres rendent hommage à des combattants devenus anonymes : agresseurs, défenseurs et libérateurs, dont les restes ont été mêlés à une terre qui ne peut qu’avouer l’histoire du nationalisme. Mais si cette mémoire douloureuse collective, qui rejoint la mémoire individuelle de nos proches aujourd’hui disparus, constitue pour beaucoup une barrière évidente et confère à ces espaces une dimension sacrée et intime, leur patrimoine et leur histoire attirent de plus en plus de visiteurs, voisins ou touristes.
Les témoignages historiques qu’ils enferment sur le destin des populations, les personnages célèbres qu’ils accueillent et auxquels la société contemporaine souhaite rendre hommage en mêlant gloires du passé et vedettes des médias, tout comme le paysage culturel parfois structuré, parfois plus sauvage qui les caractérisent, nous sont aujourd’hui donnés à découvrir et à comprendre, au même titre que d’autres patrimoines.
Au cimetière Montparnasse de Paris on retrouve ainsi les artistes roumains émigrés les plus célèbres : Emil Cioran, Eugène Ionesco ou Tristan Tzara. Les sculptures tombales de madame Zao Wou-Ki, d’Henri Laurens, celles dessinées par Jean Arp ou par Constantin Brancusi racontent le passé artistique du quartier. Ils côtoient le monument surprenant de réalisme où Charles Pigeon, l’inventeur de la lampe du même nom et son épouse dialoguent dans leur chambre pour l’éternité, tandis que non loin, la tombe de Gainsbourg se couvre régulièrement de tickets de métro.
De la proximité à la collectivité
Les plus anciens cimetières se situent dans les cryptes des lieux de culte ou bien les entourent. Ils disent l’appartenance à une religion, mais affichent plus encore les liens qui tissent une communauté. Cependant, pour des raisons de place, voire de santé publique, les grandes villes ont progressivement rejeté les tombes vers les périphéries, quitte à ce que ces grands espaces paysagers soient progressivement englobés par l’espace urbain.
De la proximité à la collectivité
Les plus anciens cimetières se situent dans les cryptes des lieux de culte ou bien les entourent. Ils disent l’appartenance à une religion, mais affichent plus encore les liens qui tissent une communauté. Cependant, pour des raisons de place, voire de santé publique, les grandes villes ont progressivement rejeté les tombes vers les périphéries, quitte à ce que ces grands espaces paysagers soient progressivement englobés par l’espace urbain.
Certains sont cependant restés à la limite de la ville, comme le camposanto de Gênes Staglieno, un des plus importants d’Europe et où toutes les formes réalistes de l’expression de la douleur restent figées dans un lyrisme impressionnant, inspiré des Grecs et des Romains. Toutefois pour toutes les grandes villes européennes, la disparition des descendants, en particulier dans les régions d’émigration ou dans le cas des communautés massacrées, tout comme la propension à l’incinération, font que des espaces individuels, dont le patrimoine modeste, on pourrait dire ethnographique, courent le risque d’une déshérence inéluctable.
Devenus de ce fait la propriété des collectivités, ils constituent au même titre que les tombes célèbres un véritable enjeu collectif où le devoir de mémoire rejoint l’apprentissage de la citoyenneté partagée. C’est la raison pour laquelle une Association de villes d’Europe, l’A.S.C.E. (°) a décidé de travailler tout d’abord sur un partage d’expérience avant de demander il y a quelques mois à tracer un itinéraire culturel européen en espérant que les cités des morts continueront ainsi à accueillir l’attention des vivants.
(°) L’Association of Significant Cimeteries in Europe A.S.C.E. a été fondée en 2001 à Bologne. Elle compte aujourd’hui plus de cent vingt membres répartis dans vingt-trois pays. Elle est responsable de l'Itinéraire culturel du Conseil de l'Europe.
(°) L’Association of Significant Cimeteries in Europe A.S.C.E. a été fondée en 2001 à Bologne. Elle compte aujourd’hui plus de cent vingt membres répartis dans vingt-trois pays. Elle est responsable de l'Itinéraire culturel du Conseil de l'Europe.
Son site web présente l’ensemble des villes concernées : European Cemeteries Route
Photographies : Cimetières de Barcelone. Clichés MTP.
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