Les Itinéraires culturels comme instrument de promotion de la culture européenne. 25 janvier 2012.
Le texte de cette intervention présentée en mars 2010 a été revu à la lumière d’une évolution très importante qui est intervenue dans le courant de l’année 2011, à savoir l’entrée en force d’un Accord Partiel élargi sur les Itinéraires culturels qui comportait 15 pays membres au 1er janvier 2012.
D'autre part, le site / base de données conçu en 2002 a été malheureusement abandonné depuis 2018.
Ce sont ces pays qui ont aujourd’hui
l’entière responsabilité des Itinéraires culturels. C’est-à-dire qu’ils en
réunissent le budget en l’alimentant par leurs cotisations, qu’ils en fixent la
stratégie et donc les priorités et qu’ils sont responsables des décisions
portant sur l’attribution de la mention « Itinéraire culturel du Conseil de
l’Europe », ainsi que l’habilitation des réseaux a qui est confiée la
responsabilité des Itinéraires et enfin, du retrait éventuel de la mention.
L’Institut Européen des Itinérairesculturels que j’ai dirigé jusqu’en décembre 2011 a juridiquement accueilli cet
Accord Partiel élargi et ses personnels, de telle manière que tous les organes
exécutifs sont maintenant réunis en un seul lieu au Grand-Duché de Luxembourg,
pays qui continue à apporter une aide financière et matérielle complémentaire
hautement significative,. sur base volontaire.
Pour le reste il va de soi que cela
ne modifie en rien l’intervention de 2010 ni en termes de valeurs, ni en termes
d’enjeux. Il s’agit toutefois d’un tournant historique qui a permis de
remplacer des moyens budgétaires que le Conseil de l’Europe ne pouvait plus
mettre à disposition de ce programme de visibilité, « instrument de
promotion de la culture européenne. », par un fonds financier spécifique
auquel peuvent s’ajouter des contributions volontaires des pays et des autres
Institutions européennes.
C’est ainsi que la Commission
Européenne apporte un budget destiné à financer un « Programme
Joint » destiné à mettre en œuvre des moyens permettant l’amélioration du
fonctionnement des réseaux : en matière de formation et de management en
particulier.
Michel Thomas-Penette
Ancien Directeur de l’Institut
Européen des Itinéraires culturels
25 janvier 2012
Les Itinéraires culturels, un programme de longue durée
Le programme des Itinéraires culturels du
Conseil de l’Europe a été préparé entre 1984 et 1987 à la suite d’une
Résolution politique de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe. Il a
été adopté et mis en œuvre à partir de 1987 au sein du Conseil de la
Coopération culturelle et sa visibilité politique a été affirmée par une
réunion et une Déclaration à Saint-Jacques de Compostelle en octobre 1987, en
présence de ministres de la culture de pays membres du Conseil de l’Europe. Il
s’agit donc d’un programme européen de très longue durée qui a connu de ce fait
différentes phases en ce qui concerne la gouvernance, la méthodologie de mise
en œuvre, les modalités de son financement, les coopérations qu’il a engagées
avec d’autres organisations internationales, ou encore en ce qui concerne les
Règles d’attribution de la mention.
Il faut
surtout souligner qu’il s’est développé selon deux grandes périodes :
- une
phase expérimentale de dix années, sans Règlement écrit au cours de laquelle la
méthodologie a été fondée sur l’expérimentation pratique ;
- une
phase de développement de quatorze années, fondée sur un Règlement adopté par
le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe et dont les aspects pratiques,
scientifiques et techniques ont été confiés à l’Institut Européen des
Itinéraires culturels (I.E.I.C.) qui a été accueilli par le Grand-Duché de
Luxembourg. C’est dans les locaux de l’I.E.I.C. qu’est rassemblée toute la
documentation du programme, depuis son origine.
Depuis la
Résolution du Comité des Ministres du 8 décembre 2010, une troisième phase est
inaugurée par la création d’un Accord Partiel élargi qui a son siège à
l’Institut Européen des Itinéraires culturels.
Un essai de définition
En l’absence de « Règlement » ou de « Règles de
fonctionnement », deux phrases ont caractérisé, à l’origine du programme, un
essai de définition :
« Par itinéraire culturel européen, on entend
un parcours couvrant un ou plusieurs pays ou régions, et qui s’organise autour
de thèmes dont l’intérêt historique, artistique ou social s’avère européen,
soit en raison du tracé géographique de l’itinéraire, soit en fonction de la
nature et/ou de la portée de son contenu et de sa signification. »
et encore :
« La qualification « européenne » d’un
itinéraire implique une signification et une dimension culturelles autres que
purement locales. L’itinéraire doit s’articuler autour d’un certain nombre de
points forts, lieux particulièrement porteurs d’histoire et représentatifs de
l’entité culturelle européenne. »
Mots
clefs – Enjeux
Si l’on devait choisir quelques mots clefs pour
définir ce programme et son évolution au cours des vingt-cinq années qui le
séparent de son lancement, il faudrait choisir en premier, comme termes
fondateurs : Découverte,
Patrimoine, Histoire et Mémoire. Dès son origine et en raison du fait qu’il
s’est majoritairement appuyé sur la redécouverte d’itinéraires de pèlerinage,
quatre autres termes ont pris une importance majeure : l’Hospitalité, l’Accueil, la Solidarité et
le Partage, qui sont
devenues des valeurs emblématiques.
Mais en raison de son rôle très pratique et
très concret pour l’apprentissage de la
citoyenneté européenne active, les promoteurs du programme ont
constamment cherché à ce que les actions ne restent pas théoriques, mais
permettent une appropriation, voire
une identification sociale variée,
et dans tous les cas une participation
démocratique.
En raison de l’importance fondamentale des
valeurs humaines et sociales que défend ce programme, d’abord ancré dans l’idée
de la montée en puissance de la société
des loisirs, ou plus exactement de l’augmentation
du temps de non travail, valeurs qu’il a su populariser, les Itinéraires
culturels ont pu répondre aux changements parfois dramatiques que l’Europe a
connus. En effet ces valeurs sont illustrées et mises en œuvre là où elles sont
le plus perceptibles et où elles peuvent être partagées par un ensemble de
citoyens de cultures, d’origines sociales et de religions extrêmement
différentes, ce qui en fait un outil de géopolitique douce et
d’interculturalité territoriale.
De cette manière, les Itinéraires culturels ont
su répondre à la crise anthropologique et économique que nous traversons de
manière particulièrement cruciale depuis dix ans, crise qui n’est plus
caractérisée par l’augmentation des loisirs, mais par l’augmentation du
chômage et de la pauvreté. Ils proposent en effet non seulement un tourisme
culturel fait de découvertes du patrimoine des autres, et donc d’un dialogue
permanent sur la question des identités nationales et locales. Mais ils
proposent de plus des modèles alternatifs à la « consommation »
touristique classique, aux voyages luxueux et aux cultures dites
« légitimes », au sens où le sociologue Pierre Bourdieu utilise ce
terme, c’est à dire un ensemble de nouveaux paradigmes économiques ne posant
plus la consommation comme un but en soi, mais l’économie sociale comme un
objectif prioritaire. [1]
La Déclaration qui a été adoptée à Saint-Jacques de Compostelle le 23 octobre 1987 ne parle pas en effet de tourisme, elle évite même ce terme. Elle affirme en effet de manière primordiale :
« Le sens de l’humain dans la société, les idées de liberté et de
justice et la confiance dans le progrès sont des principes qui historiquement
ont forgé les différentes cultures qui créent l’identité européenne. Cette
identité culturelle est, aujourd’hui comme hier, le fruit de l’existence d’un
espace européen chargé de la mémoire collective et parcouru de chemins qui
surmontent les distances, les frontières et les incompréhensions. » De
surcroît, cette Déclaration envisageait immédiatement d’étendre cette action :
« Ce chemin, hautement symbolique dans le processus de construction européenne,
servira de référence et d’exemple pour des actions futures. »
Du patrimoine matériel au patrimoine immatériel et au
paysage culturel
Il n’est pas question ici de commenter en
détail le Règlement que les Réseaux européens doivent respecter s’ils veulent
que leurs initiatives soient labellisées par le Conseil de l’Europe, nous le
ferons dans un chapitre suivant, mais de donner plutôt des repères sur la
structure même d’un itinéraire culturel au sens où l’entend le Conseil de
l’Europe.
Un itinéraire culturel reconnu par le Conseil
de l’Europe constitue d’abord un grand
thème européen qui permet de mieux comprendre l’histoire et la mémoire de
l’Europe dans une continuité continentale qui va de l’Atlantique au Caucase du
Sud et de la Baltique à la Méditerranée. Il a d’abord pour but de mettre en
œuvre des actions de coopération dans
des grands domaines que nous développons ci-dessous, qui intéressent des
scientifiques, des médiateurs du patrimoine, des enseignants, comme des élus,
des agents de développement territorial et des responsables politiques réunis
en réseaux européens. Un itinéraire culturel constitue de plus une nouvelle catégorie de « bien culturel »
qui permet de créer une interaction entre un monument à protéger et à valoriser
et le contexte culturel et territorial auquel il est nécessaire de le relier,
pour pouvoir en saisir toutes les dimensions.[2]
Cette nouvelle forme de découverte est avant
tout une opération mentale, essentielle pour comprendre la signification,
l’histoire et la valeur que prend un bien dans une culture et dans une société
particulières et a conduit à élargir la
définition de « bien culturel » de la
catégorie « matérielle » à la catégorie « immatérielle ». Une telle
dimension permet de comprendre que les monuments et les traditions, les
beaux-arts et les arts populaires, les produits typiques et les paysages
constituent, ensemble, les nombreux langages d’une même communauté. C’est ainsi
que la Convention Européenne du Paysage
est venue compléter cette approche globale en lui donnant les bases de
responsabilité partagée entre les propriétaires et les usagers et donc entre
propriétaires, habitants, visiteurs et touristes.
Dans les formes de cette application et de
cette responsabilité partagée, la notion
de réseau est devenue peu à peu essentielle, à tel point que le Règlement
qui a d’abord proposé la mise en place de réseaux responsables et habilités
pour chaque itinéraire, a fait de l’habilitation d’un réseau une condition
majeure et incontournable pour l’obtention de la mention.
Des grands domaines
d’action
Cinq grands domaines d’action sont prévus par
le Règlement et les exemples d’application sont suffisamment explicites dans le
Règlement pour qu’on puisse les citer intégralement.
Coopération en matière de recherche
et de développement
Dans ce champ d'action, les projets doivent :
– jouer un rôle fédérateur autour de grands thèmes
européens, permettant ainsi de réunir des connaissances dispersées ;
– éclairer la manière dont ces thèmes sont représentatifs
de valeurs européennes partagées par plusieurs cultures européennes ;
– illustrer la manière dont ces valeurs se sont déclinées
et les diversités dans lesquelles elles se sont incarnées en Europe ;
– se prêter à une recherche et à une analyse
interdisciplinaire au niveau tant théorique que pratique.
Pour atteindre de tels objectifs
interculturels, il faut bien entendu mettre en avant plusieurs notions
implicites :
-
celle de la recherche de l’authenticité, ce qui veut
dire l’utilisation de toutes les sources, la rencontre des disciplines
complémentaires nécessaires à l’exploration complète du contexte européen du
thème ;
-
celle de la confrontation des perspectives culturelles
et politiques multiples qui entourent les objets matériels et immatériels qui
font partie de l’itinéraire, en particulier pour ce qui concerne les
différences de points de vue religieux, nationaux et identitaires, ou encore
les points de vue des différentes générations… ;
-
celle de l’impact contemporain du thème sur la
compréhension de l’Europe, de ses difficultés d’intégration et de dialogue, sur
la résurgence possible de conflits politiques et la résolution de conflits
sociaux ;
-
ou encore celle des faisabilités du thème à incarner
des actions dans les différents champs proposés, en particulier en termes de
politiques culturelles et de produits touristiques.
Valorisation de l’histoire, de la
mémoire et du patrimoine européens
Dans ce champ d'action, les projets doivent :
– valoriser les patrimoines matériels et immatériels,
expliquer leur signification historique et mettre en évidence leurs
correspondances dans les différents territoires européens ;
– prendre en compte et promouvoir les chartes,
conventions, recommandations et travaux du Conseil de l'Europe, de l'UNESCO et
de l'ICOMOS concernant la restauration, la protection et la valorisation du
patrimoine, le paysage et l’aménagement du territoire ;
– repérer et valoriser des espaces et des sites
patrimoniaux européens autres que les monuments et sites exploités
habituellement par le tourisme, en particulier dans les territoires ruraux,
mais aussi dans les espaces industriels en voie de reconversion économique ;
– prendre en compte les patrimoines matériels et
immatériels des minorités ethniques ou sociales en Europe ;
– contribuer, par des formations appropriées, à
sensibiliser les décideurs, les acteurs de terrain et les publics à
la notion complexe de patrimoine, à l'exigence de sa protection, de
son interprétation et de sa communication dans un cadre de développement durable et aux enjeux
qu'elle représente pour l'avenir européen.
L’examen des différentes
exigences inscrites dans cette catégorie d’action met bien en avant la notion
de narration.
Ces exigences insistent sur
le choix des patrimoines et de leur contexte, mais elles donnent également des
repères sur la manière de structurer le récit proposé dans le contexte d’une
interprétation européenne.
Il doit s’agir d’un récit ouvert
sur l’autre, un récit fait de découvertes et de redécouvertes, souvent
symboliques, un récit riche en perspectives situant non seulement le contexte
historique et mémoriel des patrimoines choisis, mais en les mettant aussi en
perspective dans les contextes géopolitiques qu’ils ont traversés, y compris
s’ils ont été l’objet de conflits ou de controverses quand ils ont été
constitués, ou s’ils ont fait l’objet d’instrumentalisations, d’appropriations
identitaires ou de confiscations.
Et enfin il s’agit d’un discours
pédagogique qui donne à lire ce que veulent dire concrètement le respect et
l’application des Conventions sur la conservation et la restauration ou encore
la valorisation de ces mêmes patrimoines dans les contextes culturels et
sociaux des différentes époques qu’ils ont traversées, y compris bien entendu,
leur place, voire leur réemploi aujourd’hui.
Il s’agit certainement du critère
le plus difficile à appliquer car il demande à la fois un très bon dialogue et
une très forte collaboration entre les chercheurs et les médiateurs, tout comme
une grande exigence dans la nature et le fonctionnement des outils de
communication et d’information, qu’ils soient classiques : brochures et
guides ou qu’ils fassent appel aux nouvelles technologies de l’information.
Sans oublier la formation des médiateurs du patrimoine, des guides
accompagnateurs et des guides interprètes et de tous les réceptifs qui sont au
contact direct du public.
Cette exigence de valorisation,
qui passe d’abord par la prise de conscience de la nécessité d’une médiation en
termes européens, nécessite aujourd’hui une sensibilisation et / ou une
formation des acteurs qui reste, dans presque tous les pays d’Europe, très
embryonnaire.
Echanges culturels et éducatifs des
jeunes Européens
Dans ce champ d'action, les projets doivent :
– prévoir l'organisation d’actions avec des groupes de
jeunes afin de susciter des échanges en profondeur visant le développement de
la notion de citoyenneté européenne, enrichie de ses diversités ;
– favoriser les expériences personnelles et réelles par
l'utilisation des lieux et les contacts ;
– favoriser le décloisonnement en organisant des échanges
de jeunes venant de milieux sociaux et de territoires européens différents ;
– constituer des actions pilotes avec un nombre limité de
pays participants et se donner les moyens d'une véritable évaluation afin de
proposer des prototypes susceptibles de devenir des modèles de référence ;
– susciter des activités de coopération qui impliquent
des institutions de formation à différents niveaux.
Il s’agit là aussi d’un champ peu
exploré et dans lequel les classes européennes du patrimoine, les rencontres
tri-nationales dans le cadre des Centres de Culture Européenne font figure
d’initiatives pionnières. Certaines actions pilotes ont été préparées par le
Conseil de l’Europe et l’Institut Européen des Itinéraires culturels à titre
incitatif. Il s’agit des classes culturelles européennes, du collège de la
citoyenneté européenne sur les cultures religieuses en Europe ou encore des
classes jardins européennes. Elles sont malheureusement restées confidentielles
et mériteraient d’être étendues.
Dans tous les cas, il devrait
exister des ponts étroits entre les exigences de formation aux contextes
européens des patrimoines requises pour les
médiateurs et celles requises pour les enseignants, tout particulièrement
dans le cadre de la préparation des visites et des voyages scolaires.
Pratique contemporaine de la culture
et des arts
Dans ce champ d'action, les projets doivent :
– susciter une confrontation et un échange, dans une
perspective pluridisciplinaire et interculturelle, entre les diverses
expressions et sensibilités culturelles et artistiques des différents pays
d'Europe ;
– encourager des
projets et des activités artistiques qui explorent les liens entre le
patrimoine et la culture contemporaine ;
– mettre en valeur, dans la pratique contemporaine de la
culture et des arts, les pratiques les plus novatrices en termes de création,
et les confronter à l'héritage des savoir-faire, qu'ils appartiennent aux
domaines des arts visuels, des arts de la scène, de l'artisanat de création, de
l'architecture, de la musique, des lettres, ou à toute autre forme d'expression
culturelle ;
– susciter des actions et des réseaux portant sur le
décloisonnement entre professionnels et non professionnels, en particulier dans
les pratiques d'initiation des jeunes Européens.
Si certaines pratiques artistiques sont en
quelque sorte intrinsèques aux thèmes : performances musicales ou
théâtrales, création architecturale, design mobilier, design graphique,
innovations techniques, cinéma documentaire de création, il n’en reste pas
moins que la nécessité d’identifier la manière dont des filières de production
artistique peuvent être confortées ou relancées, reste très importante.
Si le programme encourage à juste titre la mise
en valeur de savoir-faire, de traditions et de productions rurales en voie
d’extinction, ou bien encore de process artisanaux ou industriels aujourd’hui
marginalisés, il s’agit là d’un des domaines où l’impact sur les petites et
moyennes entreprises, celles du spectacle et des arts vivants, comme les
entreprises agricoles et artisanales peut être le plus important.
Tourisme culturel et développement
culturel durable
Dans ce champ d'action, les projets doivent :
– prendre en compte les identités locales, régionales,
nationales et européennes ;
– impliquer activement la presse et les médias
audiovisuels et utiliser pleinement le potentiel des médias électroniques pour
sensibiliser aux objectifs culturels des projets ;
– favoriser le dialogue entre culture urbaine et culture
rurale, et entre territoires de l'Europe du Sud, du Nord, de l'Est et de
l'Ouest, entre espaces développés et espaces en difficulté ;
– favoriser le dialogue et la compréhension entre les
cultures majoritaires et minoritaires, indigènes et immigrées ;
– ouvrir des possibilités de coopération entre l'Europe
et d'autres continents à travers les affinités spécifiques de certains
territoires ;
– prendre en charge, en matière de tourisme culturel,
l'éducation des publics, la sensibilisation des décideurs à l'exigence de la
protection du patrimoine dans un cadre de développement durable du territoire
et la diversification de l'offre autant que de la demande, visant ainsi à faire
émerger un tourisme de qualité de dimension européenne ;
– rechercher
des partenariats avec des organisations publiques et privées actives dans le
domaine du tourisme afin de développer des produits et outils touristiques
visant tous les publics potentiels.
Cette liste de critères
additionne en effet des exigences éthiques et des exigences commerciales qu’il
est bien entendu souvent difficile de concilier. Nous l’avons déjà indiqué,
elle ne peut se concevoir dans le cadre d’un marché totalement libre, ni dans
l’optique classique des produits et des offres touristiques des grands groupes
intégrés et mondialisés, contexte pourtant le plus répandu à la naissance du
programme. C’est donc grâce aux itinéraires eux-mêmes, par les décisions prises
par leurs organes de gouvernance générale et par les différents niveaux de
décision publique internationaux, nationaux, régionaux et locaux impliqués,
mais aussi grâce à la créativité développée sur chaque thème par les porteurs
de projets, que les nouveaux paradigmes environnementaux et économiques ont
trouvé leur illustration ou leur application au sein des itinéraires culturels.
Les opérateurs ont dû ainsi
inventer de nouvelles approches ou intégrer les nouveaux outils de partage et
les nouvelles démarches éthiques et sociales à leurs projets. En vingt-cinq
ans, le concept de développement durable ou soutenable s’est non seulement
intégré aux discours, mais a trouvé des formes d’expression démonstratives,
tandis que les approches proposées par la Convention Européenne du Paysage
offraient un champ nouveau intégrateur pour des actions de territoire locales
et transfrontalières, parfaitement complémentaires et synergiques avec les
approches des itinéraires culturels
Itinéraires
et paysages, ensemble
Au-delà des textes indicatifs ou contraignants,
que les pays qui ont ratifié la Convention européenne du Paysage ou qui se sont
accordé sur le Règlement des Itinéraires culturels ont mis en œuvre, la notion
de paysage, très intuitive pour la plupart d’entre-nous et qui, comme le dit
encore le texte « désigne une partie de territoire telle que perçue par les
populations… » et la notion d’Itinéraire culturel doivent faire l’objet
d’une approche éducative, d’une discussion ouverte entre tous, d’un exercice
permanent de démocratie participative.
Par conséquent le programme des itinéraires
culturels, qui propose de longs parcours transfrontaliers à travers l’Europe,
vers Saint-Jacques de Compostelle ou Rome, sur les pas de saint Martin ou de
Don Quichotte, dans les traces des voyages de Mozart ou des parcours
méditerranéens des Phéniciens, s’est très vite révélé un des meilleurs moyens
de proposer des sensibilisations à la dimension paysagère.
Les itinéraires culturels sont des clés
narratives essentielles pour comprendre cette grammaire qui structure collines,
montagnes, côtes, villages et villes. Nous traversons le paysage, mais il nous
traverse en effet tout autant. Nous le modifions par nos activités, mais il
nous modifie psychologiquement. Découvrir la Route de l’Olivier ou celle des
Vignobles, par exemple, c’est s’intéresser à plusieurs des formes d’invention
du paysage, à l’importance de l’homme dans sa conception, son aménagement et son
entretien. Le temps du paysage agricole est ponctué de célébrations, de rites
qui dialoguent avec la nature du travail nécessaire à chaque moment de l’année
pour l’apprivoiser et l’aménager. Les itinéraires nous le proposent dans toutes
ses composantes : bruits, sons, surfaces tactiles, odeurs, saveurs,
couleurs, qui sont essentielles pour reconnaître et pouvoir retrouver ces
points de repères et ces correspondances qui font de nous des Européens. A nous
de réapprendre à les lire.
Pour citer Jean-marc Besse [3] :
« Si le paysage est une œuvre, au sens donné à ce mot par Hannah Arendt,
s’il est l’ouverture d’une durée et en ce sens d’un monde, alors il est une
volonté et une méditation de la vie et non de la mort, une méditation sur la
naissance des choses et non sur leur disparition. »
Rôle et missions de l’Institut Européen des
Itinéraires culturels
Service public européen et agence technique, l’Institut
Européen des Itinéraires Culturels (I.E.I.C.) a été mis en place dans le cadre
d’un Accord politique entre le Conseil de l’Europe et le Grand-duché de
Luxembourg (Ministère de la Culture, de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche). Il est chargé depuis 1998, en collaboration étroite avec le Conseil
de l’Europe et aujourd’hui de l’Accord Partiel élargi, d’assurer la continuité
et le développement du programme des Itinéraires Culturels dans les 51 pays
signataires de la Convention Culturelle Européenne et, selon la nécessité
géographique et historique des thèmes, dans les pays qui ont eu et ont des
rapports étroits avec l’Europe.
L’I.E.I.C [4]. a
son siège dans le Centre Culturel de Rencontre - Abbaye de Neumünster, à
Luxembourg, où se trouvent toute la documentation et une bibliothèque
spécialisée sur les Itinéraires et il accueille régulièrement dans ses locaux
les responsables des réseaux des itinéraires, les porteurs de projets, les
chercheurs et étudiants, ainsi que le grand public. (Jusqu'en 2026).
L’I.E.I.C. a également pour mission de participer à des
programmes européens de formation, de recherche et d’analyse portant sur le
tourisme culturel, pour la Commission Européenne et pour les différents
gouvernements et porteurs de projets. Il organise des colloques thématiques,
des formations spécialisées, collabore à la mise en place et à la gestion des
Itinéraires, participe à des salons spécialisés, à travers un travail constant
de prise en compte de la liaison entre culture, tourisme et environnement.
De 2004 à 2006 l’Institut a assuré le travail de
visibilité et de communication d’un programme de recherche européen intitulé
PICTURE. (Proactive
management of the impact of cultural tourism on urban resources and economies)[5]
En 2008 la Commission Européenne (Direction Générale
Education et Culture) a reconnu l’I.E.I.C. comme organisme actif au niveau
européen dans le domaine de la Culture pour son travail essentiel de mise en
cohérence d’actions de tourisme culturel durable, qui valorisent la
« Destination Europe » et favorisent la lisibilité des racines et de la mémoire
communes aux Européens à travers le voyage et la découverte du patrimoine
matériel et immatériel.
L’Institut est membres de NECSTOUR, association des
régions européennes pour le tourisme durable et compétitif et a conclu un
accord de coopération avec la Cité de la Culture et du Tourisme durable pour ce
qui concerne l’enseignement à distance et l’étude de la durabilité de la mise
en tourisme des itinéraires culturels. L’Institut a travaillé avec le Conseil
de l’Europe et l’Unité tourisme de la Commission Européenne à une étude
d’impact des itinéraires culturels sur les petites et moyennes entreprises.
Depuis l’ouverture de l’Europe vers l’Est, les Itinéraires
Culturels ont permis et permettent toujours (notamment en s’élargissant aux
pays du Caucase du Sud) d’activer un véritable dialogue entre ouest et est
européens. L’ouverture d’un centre de ressources des Itinéraires Culturels à
Sibiu, dans la Casa Luxembourg, en liaison avec l’Institut Européen des
Itinéraires culturels de Luxembourg et l’Association Mioritics, en est le
témoignage.
[1] Thomas-Penette,
Michel
(1997), L’Europe en Bref. Les itinéraires Culturels, Arles, Actes Sud
[2] Berti, Eleonora (2010), Itinerari
Culturali del Consiglio d’Europa: tra ricerca di identità e progetto di
paesaggio, Thèse de Doctorqt, Università degli Studi di Firenze. Ce
chapitre et celui qui concerne Itinéraires et paysages doivent beaucoup aux
discussions avec Eleonora Berti et se sont enrichis de concepts développés dans
sa thèse.
[3] Jean-Marc Besse Le Goût
du monde. Exercice de paysage. 2009. Actes Sud
[4] URL www.Culture-routes.lu (N'est plus actif)
[5] PICTURE PROJECT,
Brakes and difficulties faced by small and medium sized cities in the vie of
developing European cultural Networks. Cultural Routes Cases. PICTURE
(Pro-active management of the Impact of Cultural Tourism upon Urban Resource
sand Economies), February 18, 2007, URL: www.picture-project.com



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