Les itinéraires culturels – vecteur de cohésion dans la culture européenne. Székesfehérvár, Hongrie. 2000.
Lors des dernières rencontres sur le thème du baroque, en Hongrie, le directeur de l’Institut Européen des itinéraires culturels, Michel Thomas-Penette vous a déjà présenté les lignes directrices et la politique du programme des itinéraires culturels du Conseilde l’Europe, donc je ne reviendrai pas là-dessus. J’insisterai plus sur l’évolution du programme et ses orientations.
Je vais faire un bref rappel des actions menées dans le cadre des routes du baroque et je vous présenterai, également, notre coopération avec les pays de l’Europe Centrale et Orientale pour des projets ou des thèmes de travail, qui vont dans le sens de la politique européenne actuelle, c’est-à-dire mettre en valeur l’identité culturelle européenne et contribuer au développement de la cohésion culturelle de la Grande Europe car il faut trouver son unité dans sa formidable diversité, c’est ce qui constitue sa richesse culturelle séculaire.
Comme vous le savez déjà,
l’Institut Européen des itinéraires culturels s’est établi au Luxembourg il y a
trois ans et a comme mission la mise en œuvre de ce programme, né au sein du
Conseil de l’Europe en 1997, avec le premier itinéraire : les Chemins de
Saint-Jacques de Compostelle. Depuis, plusieurs thèmes ont été élus et se sont
développés autours des itinéraires culturels :
-
Les chemins de pèlerinage : Saint Jacques deCompostelle et Via Francigena
-
Architecture sans frontières – habitat rural
-
La soie – le textile
-
Le baroque
-
Les celtes
-
Mozart
-
L’itinéraire Schickhardt
-
Sites, routes et monuments hanséatiques
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Les parcs et jardins
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Les villes européennes de grandes découvertes
-
Arts vivants et Identité européenne
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Les tsiganes
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L’humanisme
-
Les architectures militaires fortifiées en Europe
-
L’héritage Al-Andalus
-
Les lumières du Nord
-
Les rites et fêtes populaires en Europe.
Depuis cette année, un autre
thème vient s’ajouter à cette liste : le
livre et l’écrit en Europe. Sans oublier, bien sur, toutes les propositions
qui sont en cours d’instruction et qui ont beaucoup de chances à aboutir :
l’itinéraire Sainte Elisabeth, la route de Sylvestre (le Pape Sylvestre II),
qui sont d’ailleurs des propositions qui viennent de la part de la République
de Hongrie et qui seront inclus dans le thème des chemins de pèlerinage ;
les Centre d’Art en Europe ; l’itinéraire des Manufactures d’arts
décoratifs ; l’itinéraire des Universités anciennes ; l’itinéraire
des constructions en bois ; l’itinéraire du fer ; l’itinéraire des
Lieux de mémoire ; rivières et canaux, facteurs de civilisation,
l’itinéraire des troubadours ; la route de l’ambre, etc.
Tour Jacob. Site de l'IEIC
Certaines de
ces propositions d’itinéraires s’inscrivent dans le cadre de la Campagne du
Conseil de l’Europe : « L’Europe, un patrimoine commun »,
Campagne dans laquelle l’Institut joue un rôle actif.
Les itinéraires culturels européens signifient aussi un
grand nombre de partenaires dans les pays membres du Conseil de l’Europe et
dans les pays signataires de la Convention Culturelle Européenne (45 pays au
total). Nous acceptons également des propositions qui viennent des pays
observateurs comme par exemple Canada ou Israël. Tout cela monte le nombre de
partenaires des itinéraires culturels en Europe à 2.500-3.000.
Pour garder la cohérence et le
suivi des réseaux, l’Institut a mis en place des instruments d’information et
de communication :
-
une lettre d’information trimestrielle
« Towernet » sur support papier, qui présente les grands projets en
cours, les appels au partenariat, les changements éventuels dans le cadre de la
structure, les décisions prises par les divers organes du Conseil de l’Europe
et le un aperçu des activités de l’Institut. Sans oublier la bibliographie qui
se réfère à l’un ou l’autre des thèmes, les actualités et les adresses de
contact des partenaires.
-
deux lettres d’information
électroniques « Towernet + » : une Agenda et un Hebdo, qui sont
envoyées par e-mail chaque semaine à tous nos partenaires et abonnés. Ces
lettres électroniques ont le rôle de garder le contact permanent avec tous ceux
qui s’intéressent ou qui travaillent avec les itinéraires culturels.
-
Deux sites internet qui présentent le programme des
itinéraires culturels et son évolution : un site hébergé par le Conseil de
l’Europe et un site (actuellement en construction) hébergé par le Ministère de
la Culture, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du Grand-Duché de
Luxembourg.
-
L’Institut participe, également, à la publication des
guides culturels et des ouvrages qui sont en lien direct avec les thèmes de
travail des itinéraires culturels, de cette manière, il contribue à une
meilleure information du grand public par rapport au travail et centres
d’intérêts développés dans le cadre du programme.
-
et, enfin, nous avons un service documentation et
librairie qui proposent des bibliographies sur les thèmes des itinéraires
culturels.
Depuis 1997, l’activité de l’Institut s’est beaucoup diversifié et le programme a évolué dans le sens où, à présent, les propositions d’itinéraires arrivent directement à l’Institut qui les centralise et s’occupe de l’instruction des dossiers de ces propositions. Nous sommes en contact direct avec les collectivités territoriales et les structures culturelles ou éducatives qui veulent mettre en place des axes de coopération et nous essayons de contribuer à la cohérence culturelle européenne en mettant ensemble, par le biais des thèmes communs, des structures ou des pays qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble de manière traditionnelle.
De cette manière, nous essayons de faire des liens entre les pays nordiques et le pays du sud de l’Europe (par exemple sur un thème comme : « des Vikings au Normands »), entre les pays de l’Est et de l’Ouest de l’Europe (par exemple à travers des thèmes comme celui de l’architecture, celui des parcs et jardins ou bien les arts vivants et l’identité européenne).
Pour vous donner un exemple d’intervention dans les pays de l’Est de l’Europe, l’Institut Européen des itinéraires culturels a organisé des concours d’architecture, spécifiquement pour ces pays, nous en sommes déjà à la deuxième édition.
La
première édition concernait les restaurations des bâtiments dans ces pays et la
deuxième édition avait comme thème les interventions architecturales
contemporaines en milieu rural dans les pays de l’Europe Centrale et Orientale.
Pour ces concours, la Hongrie s’est montrée très active, ainsi c’est un
architecte hongrois qui a eu le premier prix pour la première édition (la
rénovation d’une maison de retraite à Szombathély) et cette année c’était une
architecte hongroise qui a gagné le deuxième prix : madame Mária Kisbán.
L’Institut
organise cet automne, également, une rencontre EST-OUEST entre architectes et
architectes paysagistes et a proposé l’intervention d’un architecte Roumain
pour la création d’un jardin d’école en France, à Terrasson (Dordogne) en
collaboration avec les élèves du lycée en question.
Ces exemples montrent que les itinéraires culturels peuvent vraiment favoriser les coopérations transfrontalières, pourvu qu’il y ait des thèmes fédérateurs de travail. Cela peut être un élément de coopération transfrontalière pas seulement entre les pays de l’Est et de l’Ouest de l’Europe, mais aussi bien entre les pays de l’Est tout simplement. Cette région géopolitique a vraiment besoin de ce type de coopération car nous sommes encore, dans cette partie de l’Europe, dans une logique de «frontière », la frontière n’est pas un symbole ici, mais une réalité évidente. Or cette logique pourra être dépassée seulement en travaillant ensemble sur des projets communs pour prouver que la Grande Europe est possible et que les frontières ne séparent pas les cultures, mais au contraire, les réunit dans une unité indéniable, faite de diversité et d’histoire.
Les priorités d’intervention des
itinéraires culturels, en ce qui concerne la coopération multilatérale sont les
suivantes :
-
coopération en
matière de recherche et développement
-
valorisation de
la mémoire, de l’histoire et du patrimoine européen
-
échanges
culturelles et éducatives des jeunes Européens
-
pratique
contemporaine de la culture et des arts
-
tourisme
culturel et développement culturel durable.
Depuis 1988 déjà, le Conseil de l’Europe, dans le cadre des itinéraires culturels européens, a accordé une place importante au développement des routes du baroque. En effet, le style baroque, qui a régné en maître pendant deux siècles sur l’Europe entière (et sur les pays extra-européens marqués par l’expansion européenne aux XVIIe et XVIIIe siècles), constitue l’un des moments rares et privilégiés de l’histoire de l’Europe au cours duquel celle-ci a trouvé une incroyable unité grâce à un style artistique.
Dépassant rapidement les frontières idéologiques ou
religieuses, le Baroque s’est imposé comme le style européen par excellence.
Style de l’unité, mais de l’unité dans la diversité, capable de s’adapter avec
souplesse aux variations régionales de la culturel européenne.
L’originalité du Baroque a été
sa capacité d’adaptation aux diverses régions européennes. Né à la fin du XVIe
siècle du mouvement de la Contre-Reforme catholique, l’art baroque s’est avéré
être un style aisément adaptable à la diversité culturelle et religieuse de
l’Europe. Notre souci est donc d’envisager cette diversité du Baroque Européen
et de sortir des sentiers battus. Il est question de mettre en valeur des lieux
inédits et de redécouvrir un Baroque méconnu ou inconnu.
Lancé au Portugal en 1988, avec
un colloque qui a eu lieu dans le palais rococo de Queluz, les routes du
baroque ont gagné d’autres pays comme l’Italie, la république de Malte, la
Slovénie, la Croatie, l’Autriche, l’Espagne, mais ce thème intéresse bien d’autres
pays encore et nous avons aujourd’hui, ici, la preuve de la Hongrie qui
s’intéresse de plus en plus à la mise en lumière de son baroque tardif car,
d’après les mots d’un spécialiste hongrois de ce thème, Galavics Géza, la
Hongrie a été « le dernier refuge de l’art baroque en Europe ». Et
des villes comme Eger, Györ ou Szombathely le prouvent indéniablement.
Différents sous-thèmes se sont
également développés, comme par exemple « le réseau des Orgues
baroques » qui se concrétise par des rencontres et des restaurations des
orgues un peu partout en Europe (et je donnerai à titre d’exemple l’action courageuse
menée par « les amis des orgues baroques de Lunéville », en France,
région Lorraine qui oeuvrent depuis des années à la restauration de l’orgue
baroque de l’Eglise Saint Jacques pour pouvoir la faire connaître après et
l’exploiter dans la perspective du développement du tourisme culturel dans leur
région ). Les rencontres mènent à une meilleure connaissance de ce patrimoine
encore … à découvrir !
Les régions et les pays qui se sont associé pour créer un réseau baroque européen sont :
-
la Sicile et ses merveilleuses cités baroques de Noto,
Scicli, Modica, etc.
-
Malte avec ses somptueuses églises, ses œuvres de
Caravage ou de Mattia Preti, qui témoignent de l’importance de ce petit pays
pour la compréhension de la civilisation baroque.
-
L’ex-Yougoslavie : la Serbie, la Croatie et la
Slovénie
-
En 1990, c’est l’Espagne qui a pris le relais : la
municipalité de Murcia, avec les soutien du Conseil de l’Europe, a organisé
un important séminaire qui portait à la
fois sur les problèmes de la sauvegarde des monuments baroques dans les grands
centres urbains contemporains et sur le tourisme culturel, dans une région
délaissée par les touristes à cause de l’attraction plutôt « playa y
sol ».
-
Pour montrer que des régions nordiques étaient
également concernées par le Baroque, le Conseil de l’Europe a décidé de donner
son patronage, en 1991, à une exposition organisée par le Noordbrabants Museum
de Bois-le-duc (Pays Bas) et les musées de la ville de Strasbourg sur l’œuvre
du pentre baroque Théodore van Thulden (1606-1669), qui a été un disciple de
Rubens et qui a créé des liens privilégiés entre l’art français, l’art d’Anvers
et celui de sa ville natale : Bar-le-duc.
-
En 1992, des contacts ont été pris avec les autorités
roumaines pour tenter une approche culturelle des manifestations baroques en
Roumanie.
-
En 1993 les pays baltes ont été visés, et surtout la
Lituanie où se trouvent beaucoup de monuments baroques méconnus.
-
En 1994, le baroque de Naples a été mis en évidence
grâce à une exposition organisée par les Musées de la Ville de Strasbourg, avec
le patronage du Conseil de l’Europe, consacrée aux chefs-d’œuvre baroques des
Musées de Naples et des orgues baroques.
-
En 1998, l’Institut Européen des itinéraires culturels
a effectué une étude du patrimoine baroque en Bélarus, mais pour l’instant nous
n’avons pas encore l’écho du suivi de cette action.
Il reste, bien sûr, à
déterminer les actions à venir, surtout dans des pays qui restent encore à
explorer sous l’angle baroque, comme la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la
Russie, l’Ukraine, etc. dont la richesse en témoignages de l’époque baroque est
immense et souvent insoupçonnée. Il y a là un travail important à faire et la
constitution du réseau porteur n’est qu’un modeste début de ce processus. Mais
espérons que l’avenir donnera raison à cet itinéraire baroque et qu’à travers
des réunions et actions comme celles organisées aujourd’hui ici à
Székesfehérvár ce thème évoluera vers une meilleure connaissance de cette
partie de la culture européenne, qui contribue, en grande mesure à forger
l’identité culturelle des Européens.









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