Repousser l'Horizon (28) : Itinéraires culturels aériens, prendre de la hauteur.
L’utilisation d’avions légers pour suivre les itinéraires culturels nous donne à lire un paysage façonné par l’homme où les valeurs sociales sont perçues dans leur continuité.
Les propositions d’itinéraires culturels européens qui trouvent le plus d’écho reposent sur des réalités historiques qui ont façonné l’Europe. Les routes de pèlerinage, le plus souvent établies sur d’anciennes voies romaines ont nécessité des haltes en réseaux : principalement les monastères et les hospitalités. Autour de ces haltes, une activité économique s’est mise en place. Des bourgs, puis des villes ont grandi, regroupant un marché régulier, attirant ainsi les marchands, les banquiers, comme une activité artisanale puis préindustrielle importante. Il en est de même des villes portuaires. Simples comptoirs, devenus lieux d’échange et de commerce : haltes phéniciennes, colonies grecques ou villes hanséatiques, ports intérieurs situés le long de grands fleuves, l’aménagement territorial de l’Europe s’est dessiné à grands traits à l’interface du grand domaine des navigateurs et de celui des agriculteurs et des artisans.
Si l’étendue des routes maritimes et terrestres nous est devenue plus familière, depuis que les visions virtuelles proposées par Google Earth déploient les parcours, avant que nous en fassions l’expérience concrète, notre vision quotidienne reste cependant à hauteur d’horizon. Les paysages défilent lentement au rythme de la marche, ou en suivant les vents côtiers. Ils se succèdent plus rapidement derrière la fenêtre du train ou de la voiture, mais nous ne pouvons pas vraiment les lire dans ce qui les constitue : leurs relations spatiales, ou encore les valeurs qui peuvent fonder le « bien vivre ensemble » des communautés humaines qu’évoque Jean-Marc Besse dans ses ouvrages.
C’est pourquoi l’idée de proposer les itinéraires culturels aériens, utilisant les ULM et les avions légers, moins polluants, parcourant le ciel à basse altitude et susceptibles de se poser au sein des territoires ruraux, nous est apparue comme une possibilité de renouveler la vision même du parcours. L’idée en a été proposée à l’Institut Européen des Itinéraires culturels par Cyril Godeaux. Auteur d’un site web très pratique (°) et animateur de parcours de découverte aériens culturels, il a préparé et expérimenté pendant des années des voyages au dessus des champs de bataille de la Somme, du vignoble alsacien, ou sur les traces des pionniers de l’aérotourisme.
La Route des Phéniciens autour de la Méditerranée, comme les Routes d’Al-Andalus dans le sud de l’Espagne ou la Via Francigena en Emilie-Romagne ont été repérées et font l’objet d’étude de faisabilité qui devraient en permettre le lancement très bientôt pour les amateurs de l’aviation légère.
Toujours selon Jean-Marc Besse, le paysage est comme un tableau noir. On peut y lire une succession de traces, d’empreintes qui se superposent sur le sol, et constituent pour ainsi dire son épaisseur tout à la fois symbolique et matérielle. Il suffit aujourd’hui de prendre de la hauteur pour en mesurer toutes les dimensions le long des itinéraires culturels.
Photos : Cyril Godeaux.


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